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INTRODUCTION

Nous pensons que l’étude de l’histoire des lignages juifs, auxquels appartiennent telle ou telle famille ou leurs différents membres, revêt une importance particulière pour l’auto-identification nationale. Le patrimoine familial individuel s’entrelace avec le patrimoine du lignage, puis avec l’histoire collective du peuple, l’enrichissant et la prolongeant jusqu’à nos jours et jusqu’aux familles de nos contemporains.

La reconstitution de l’histoire du lignage est un déclencheur extrêmement puissant pour renforcer la conscience nationale chez les Juifs contemporains et leurs descendants. Il convient ici de préciser ce que nous entendons lorsque nous parlons non pas de la famille, mais du lignage. Par ce terme, nous définissons l’ensemble de tous les descendants d’une même personne, existant sur une période historique suffisamment longue.

Dans cet article, nous souhaiterions partager la méthodologie de recherche sur les lignages juifs, créée par l’Institut « Am haZikaron ». Cette méthodologie a été testée avec succès, notamment dans le cadre du programme Taglit (Birthright Israel) auprès de plus de 50 000 jeunes originaires de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, d’Allemagne, des États-Unis, du Canada, des pays baltes, d’Israël, etc.

Les principes fondamentaux de la méthodologie susmentionnée sont exposés ci-dessous.

Recherche sur les noms de famille des lignages juifs

I. Principes méthodologiques

L’un des moyens les plus productifs pour reconstituer l’histoire des familles juives dans un premier temps est l’étude des noms de famille et des prénoms juifs. L’identification et la révélation de la signification des noms de famille juifs ainsi que des particularités historiques de leur apparition permettent à l’homme contemporain de ressentir un lien authentique avec son passé, d’apprécier le parcours historique de ses ancêtres à travers les siècles, et parfois les millénaires. C’est pourquoi l’étude de l’origine des noms de famille juifs est extrêmement importante.

Lors d’une analyse détaillée de la signification et de l’origine d’un nom de famille juif, il est possible de reconstituer les paramètres suivants de l’histoire familiale :

  • La période historique de formation de la famille (ou du lignage) en tant que lignée héréditaire distincte
  • L’aspect professionnel de l’activité de la famille au moment de l’attribution du nom de famille
  • Le lien avec l’activité communautaire et la tradition nationale
  • La présence de prénoms héréditaires
  • La communauté d’origine (diaspora) à laquelle la famille appartenait initialement
  • La communauté d’origine (diaspora) à laquelle la famille appartenait au moment de l’attribution du nom de famille
  • Les principales régions de migration ou de résidence des membres de la famille (du lignage)

L’importance de telles recherches exige une approche soigneusement structurée et vérifiée, fondée sur de solides connaissances d’origine scientifique ou traditionnelle.

Les porteurs de noms de famille identiques, originaires d’une même région géographique, sont généralement les descendants d’une même famille.

Cette affirmation repose sur les aspects mis en évidence de manière empirique qui ont accompagné l’attribution des noms de famille à la grande masse des Juifs ashkénazes :

a. L’aspect démographique (taille de la communauté).

Les communautés de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle (moment où la majeure partie des Juifs européens a été légalement tenue de fixer des noms de famille héréditaires) étaient généralement de petite taille et les membres des communautés se connaissaient bien. Il n’y avait ni besoin ni possibilité pour les représentants de familles différentes et non apparentées de prendre le même nom de famille. De plus, la possibilité d’« imposture » — consistant à s’approprier des noms de famille célèbres (et ainsi à s’attribuer une origine issue de lignages anciens et respectés, le « yikhes ») sans aucun fondement — était ainsi réduite au minimum.

b. Les restrictions introduites par l’État sur le territoire duquel vivaient les différentes communautés.

Les décrets gouvernementaux d’Autriche, de Russie et de Prusse sur l’attribution des noms de famille aux Juifs contenaient bon nombre de ces restrictions. Par exemple, en Galicie, chaque famille juive vivant dans une localité donnée devait choisir un nom de famille différent de celui des autres habitants. Ce faisant, le nom de famille était obligatoirement validé par le gouverneur du district et le rabbin.

Selon le décret du 11 octobre 1821 sur l’attribution des noms de famille aux Juifs du Royaume de Pologne, différentes familles d’un même district devaient adopter des noms de famille différents.

En même temps, dans tous les lieux de résidence des Juifs, tant en Autriche ou en Prusse qu’en Russie, il était prescrit de réduire au minimum l’apparition précisément de ces noms de famille qui risquaient d’être identiques chez des familles non apparentées. Dans la partie russe du Royaume de Pologne, cela concernait, par exemple, les noms de famille « patronymiques » (c’est-à-dire formés à partir des prénoms des chefs de famille). En Galicie, il s’agissait de noms de famille « toponymiques » (c’est-à-dire formés à partir du nom d’objets géographiques) et de noms de famille formés à partir de mots hébreux. À la suite d’un tel ordre d’attribution des noms de famille, la majeure partie d’entre eux acquérait un caractère unique.

À titre d’exemple, on peut examiner la famille Shifrin. À la fin du XIXe siècle, les porteurs de ce nom de famille étaient assez nombreux et vivaient dans des villes telles que Borissov, Moguilev, Mstislavl, Gomel, Dribin et Bykhov (Biélorussie). Au total, le nombre de porteurs du nom de famille Shifrin dans le monde en 2000 s’élevait à environ 2300 personnes. Parmi elles, 540 vivaient en Israël et environ 1200 aux États-Unis. Ces deux communautés (américaine et israélienne) représentent environ 80 % de tous les Juifs. Les recherches généalogiques menées par l’institut « Am haZikaron » ont montré qu’elles remontent toutes aux frères Kopel (né en 1791) et Hirsh (né en 1794) Shifrin, qui vivaient au début du XIXe siècle dans la région de Borissov. Ils étaient les fils de la matriarche de la famille, prénommée Shifra, et les premiers porteurs de ce nom de famille dans cette région.

Il convient de noter que l’écart du nombre de porteurs d’un même nom de famille — descendants d’une même famille du début du XIXe siècle — est assez considérable : de quelques centaines à plusieurs milliers. Les facteurs qui influencent la démographie familiale sont en cours d’étude.

Les porteurs de noms de famille anciens sont membres de ces lignages

Cette affirmation repose sur les facteurs suivants :

L’ensemble du corpus de données sur les généalogies reconstituées de lignages rabbiniques célèbres.

Il existe des généalogies documentées et reconstituées de toute une série de lignages rabbiniques anciens, qui permettent d’affirmer avec une assurance suffisante que la majeure partie des porteurs actuels de ces noms de famille sont membres de ces lignages. (Les données des recherches contemporaines sur l’ADN le confirment également.)

L’un des plus complets en ce sens est le corpus de données sur les noms de famille consignés dans la « Judengasse » (« Ruelle des Juifs ») de Francfort-sur-le-Main. L’histoire des familles « de Francfort » est précieuse car cette communauté est l’une des plus « documentées » de toutes les communautés juives d’Europe, depuis le XVIe siècle. Grâce à cela, on peut suivre la migration des anciens noms de famille juifs depuis l’Europe centrale vers la Pologne (et de là, vers l’Empire russe), ce dont nous parlerons ci-dessous.

L’analyse du corpus de prénoms propres à tel ou tel lignage.

En raison des particularités du choix des prénoms chez les Juifs et d’une certaine limitation de leur nombre, ainsi que sur la base de notre expérience, on peut affirmer avec certitude que dans les familles apparentées appartenant à tel ou tel lignage ancien, on utilise statistiquement le même ensemble (avec certaines variations) de prénoms, tant masculins que féminins.

L’hétérogénéité de la répartition géographique des porteurs de noms de famille rabbiniques célèbres.

L’un des arguments en faveur de l’affirmation ci-dessus concernant les liens de parenté entre les porteurs de noms de famille anciens réside dans l’hétérogénéité de la répartition de ces noms de famille. En règle générale, vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle, ces noms de famille se regroupent uniquement dans certaines régions spécifiquement propres à tel ou tel nom de famille. Par exemple, le nom de famille Lourié, qui remonte traditionnellement jusqu’à RASHI (France — XIe siècle), se rencontre dans l’Empire russe vers la fin du XIXe siècle presque exclusivement dans le gouvernement de Moguilev et sur le territoire de la Courlande. En même temps, le nom de famille Schorr, qui tire son origine de « Bekhor Schorr » (France — XIIIe siècle), se rencontre principalement vers la fin du XIXe siècle dans la région de la Galicie.

La comparaison avec les Séfarades.

Lors de l’étude des noms de famille séfarades, il est communément admis qu’il n’y a presque pas d’homonymes dans ce milieu. En d’autres termes, chaque nom de famille séfarade est toujours considéré comme un nom se rapportant à une seule famille (quelle que soit sa taille). Si une telle affirmation fait l’objet d’un consensus général au sein d’une communauté juive puissante, il n’y a aucune logique à supposer dans une autre communauté (ashkénaze) une situation diamétralement opposée. D’autant plus que les deux communautés ont été en contact étroit pendant au moins les 400 dernières années et ont souvent résidé dans les mêmes lieux (par exemple, Prague, Budapest, Hambourg, Poznań, Tauragė, etc.).

Tout ce qui précède n’exclut évidemment pas la possibilité d’apparition d’homonymes, bien que leur pourcentage au sein des communautés juives soit extrêmement faible. En même temps, il existe des cas connus où un rabbin — directeur d’une yeshiva — attribuait à son élève particulièrement doué le nom d’un célèbre sage du passé. Le mécanisme d’une telle attribution est, en réalité, proche de la tradition juive répandue consistant à désigner les rabbins par les titres des traités qu’ils ont rédigés. Mais ces cas n’ont pas eu de caractère de masse (on rencontre cela aujourd’hui encore, mais c’est extrêmement rare).

Dans les régions à dominante « hassidique », caractérisées par une large diffusion de conceptions et de sensibilités mystiques, il y a eu des cas où l’un des hassidim était proclamé réincarnation de l’âme d’un grand juste des générations passées, et commençait parfois à être désigné par le surnom ou le nom de ce juste.

Là encore, une telle « imposture » arrivait extrêmement rarement et n’était pas encouragée par les célèbres admors.

Nous avons connaissance de quelques autres cas d’adoption de noms de famille célèbres ; d’ailleurs, cela s’est parfois terminé par un procès (comme dans l’affaire bien connue de la famille du baron Ginzburg).

Tout cela constitue des exceptions qu’il convient, bien entendu, de prendre en compte dans le travail.

Dans l’ensemble, on peut affirmer que la plupart des porteurs contemporains de noms de famille anciens et célèbres doivent être considérés comme liés par des liens de parenté avec les lignages anciens correspondants.

Toute une série de familles, traditionnellement considérées comme ashkénazes, ont une origine séfarade.

Cette conclusion repose sur une étude approfondie des particularités de la diffusion et de la répartition des noms de famille juifs sur le territoire de l’Empire russe, et sur la révision de certaines visions qui subsistent à ce jour sur les voies de migration des familles juives de l’Ouest vers l’Est. Nous en parlerons ci-dessous, dans le chapitre consacré aux migrations des lignages juifs.

Modification des noms de famille au cours des migrations familiales

Il convient d’ailleurs de mentionner ici que la modification d’une série de noms de famille est liée aux particularités des voies de migration des familles séfarades. Par exemple, une famille séfarade s’installe en Allemagne et, lors de son déplacement ultérieur vers l’Est (en Bohême, en Pologne, etc.), elle acquiert un surnom lié cette fois à une ville allemande. C’est ce qui s’est passé, par exemple, avec les noms de famille Epstein (autrefois Benveniste) ou Gourevitch (autrefois Girondi) (d’après le nom des villes d’Eppstein et de Hořovice). Le nouveau nom de famille se transmettait aux descendants, tandis que le nom séfarade d’origine était abandonné.

Dans d’autres cas, on assistait à une traduction du nom de famille d’origine en yiddish, en polonais, en ukrainien ou en allemand, et le nom de famille perdait toutes ses caractéristiques séfarades pour prendre la forme d’un nom ashkénaze. C’est ce qui s’est passé avec les noms de famille Grouchko (Pereira), Pertchik (Peretz), Chlivko (Ciroüel) et quelques autres.

C’est pourquoi, dans un certain nombre de cas, les chercheurs de l’institut Am haZikaron effectuent des recherches et une analyse onomastique tant sur l’ensemble des noms de famille ashkénazes que séfarades.

Les noms de famille dits « artificiels » chez les Juifs se sont en réalité révélés beaucoup moins nombreux qu’on avait coutume de le penser.

Par noms de famille dits « artificiels », on entend généralement les noms de famille juifs « créés par l’imagination fertile des fonctionnaires » chargés de l’attribution des noms de famille aux Juifs (ou même par les Juifs eux-mêmes). On considère traditionnellement qu’en « inventant ces noms », les fonctionnaires utilisaient principalement des éléments de la flore ou de la faune et leurs combinaisons les plus complexes avec des minéraux ou des objets géographiques. Il en résultait des noms de famille tels que, par exemple, Gelbblum (« Fleur jaune »), Rosenbaum (« Rosier »), Ziegelboim (« Arbre de brique »), et ainsi de suite.

Notre expérience montre que beaucoup de ces noms de famille appartiennent soit aux noms « toponymiques », c’est-à-dire qu’ils nous renvoient aux noms de localités (généralement allemandes et autrichiennes), soit sont formés à partir de prénoms (par exemple, le nom de famille Rosenzweig n’est pas une « branche de rose », mais le « rejeton de Rose », c’est-à-dire un nom de famille matronymique).

Selon nous, les noms de famille « Baum », « Berg », « Zweig », « Stein » et leurs semblables renvoient souvent non pas à des concepts généraux et abstraits (« arbre », « rameau », « montagne », « pierre »), mais soit à des « kinnouim » (« surnoms ») adoptés en Allemagne-Autriche (par exemple, Stein chez les Juifs allemands est un kinnouy pour le prénom Itzhak, Falk est un kinnouy pour le prénom Yehoshua), soit sont tronqués pour une raison quelconque (par exemple, Rosenberg devient Berg, Rotstern devient Stern, etc.).

Il arrive aussi que ces parties de noms de famille indiquent l’appartenance à un lignage (l’exemple déjà cité de Rosenzweig, Zipperstein — « pierre de Tsippora », c’est-à-dire « fondation, soubassement posé par Tsippora », etc.).

De la même manière (comme indiquant l’appartenance à une famille définie), on peut supposer que s’interprètent les noms de famille se terminant par « bein », « stamm » et « blatt ». Hirschbein, Mandelstamm, Roizblatt — peuvent être considérés comme des noms de famille indiquant l’appartenance du porteur à la famille (clan) des descendants respectifs de Hirsch, Mandel, Roiza (Reizel). Naturellement, la conclusion finale ne peut être tirée qu’après l’étude de toutes les données indiquant l’origine de ce nom de famille précis.

Sur l’appartenance des porteurs de tel ou tel nom de famille aux descendants du roi David.

Cette question est fort complexe et souvent débattue. Naturellement, dès les Ier–IIe siècles de notre ère, de sérieuses lacunes chronologiques apparaissent dans la généalogie des descendants de l’ancienne dynastie. L’absence pratique, pendant un millénaire, de tout document susceptible de jeter de la lumière sur ce problème oblige à se tourner vers la tradition nationale. En ce sens, les témoignages historiques indiquant l’appartenance aux descendants de David de tels ou tels docteurs de la Loi, dont la réalité de l’existence n’est pas contestée par la science contemporaine, paraissent extrêmement précieux. En même temps, nous connaissons quelques familles qui vivaient déjà au Moyen Âge et rattachaient leur origine à ces docteurs de la Loi. Selon cette tradition familiale, on considère habituellement, par exemple, que la famille du célèbre talmudiste et halachiste Rashi appartient aux descendants du roi David.

Dans le cadre de la préparation des matériaux pour l’étude de l’histoire de telle ou telle famille, nous jugeons nécessaire d’indiquer l’existence d’une tradition qui associe tel ou tel lignage à la maison de David. Nous n’affirmons pas, documents en main, que les porteurs contemporains, par exemple, des noms de famille Katzenellenbogen, Lourié, etc., sont des descendants du roi David. Mais nous indiquons la tradition existante.

II. Séquence de la recherche sur l’origine du nom de famille

Le travail sur le nom de famille commence par la question la plus générale : ce nom de famille est-il juif ou non ?

Au cours de l’histoire, on connaît un nombre suffisant de cas où les Juifs ont reçu (volontairement ou de force) des noms de famille des peuples qui les entouraient ; de plus, les noms de famille pouvaient se transformer jusqu’à devenir méconnaissables sous l’influence de divers facteurs, ou simplement se révéler homophones d’un autre nom de famille.

Ainsi, par exemple, il existe le nom de famille juif « toponymique » Gordon, qui provient du nom légèrement modifié de la ville de Grodno.

En même temps, il existe également le nom de famille écossais ancien Gordon. Au nombre des Gordon appartenait, par exemple, le célèbre homme politique et figure publique du milieu du XVIIIe siècle, Lord George Gordon. La mère du poète Byron était également issue de ce lignage.

Analyse linguistique et onomastique du nom de famille

Au cours de l’analyse linguistique et onomastique du nom de famille, on utilise la littérature scientifique et de référence correspondante (voir la bibliographie). Sur la base de cette analyse, on établit le type de nom de famille — selon que nous avons affaire à un nom « toponymique » (c’est-à-dire provenant du nom d’une localité ou d’un lieu), « matronymique » (formé à partir d’un prénom féminin) ou « professionnel » (formé à partir d’un surnom indiquant le type d’activité du premier porteur), etc.

Si le nom de famille s’est transformé après sa première apparition consignée dans les documents, on établit les noms de famille phonétiquement proches indiqués par les sources. Dans de tels cas, le type du nom de famille étudié est déterminé à travers ces noms de famille phonétiquement proches.

Modélisation de la formation du nom de famille

La détermination du schéma selon lequel le nom de famille a été formé, de la langue utilisée à cet effet, etc., revêt une grande importance pour les conclusions ultérieures. Par exemple, dans le cas des noms de famille professionnels, les mots indiquant le type d’activité du premier porteur peuvent provenir de l’hébreu ou du yiddish, tout comme des langues des peuples environnants. Et cela renseigne loin de porter uniquement sur les préférences linguistiques des fonctionnaires régionaux ou de la population locale.

Examinons, à titre d’exemple, les noms de famille qui ont été formés à partir de la désignation du spécialiste de la « shehita » — l’abattage rituel des animaux et des volailles. À cette profession remonte toute une série de noms de famille : Shechter, Shechtman, Shoichet, Reznik, Reznichenko, et ainsi de suite. Que peut signifier une telle diversité ? En premier lieu, bien sûr, la langue de préférence pour les fonctionnaires de cette région. Mais, en même temps, si dans une même région et à une même époque sont apparus à la fois le nom de famille Shechter, le nom Shechtman ou Shoichet, il sera logique de supposer qu’il y avait là une communauté suffisamment nombreuse pour que le service exigeât plusieurs spécialistes.

Modélisation de l’origine du nom de famille

Les résultats de la recherche menée conformément au point précédent permettent de réaliser une analyse historique, incluant l’époque et le lieu approximatifs de l’apparition du nom de famille, les raisons et les particularités de son apparition, le lien avec telles ou telles circonstances historiques ; le lien avec les langues juives ; le lien avec la tradition juive à différentes étapes historiques.

Pour obtenir le tableau le plus complet possible, c’est précisément à cette étape que l’on réalise l’étude des prénoms familiaux ou la méthode d’analyse comparative de la transmission des prénoms — c’est-à-dire l’établissement de l’ensemble « dynastique » de prénoms utilisés dans cette famille et les familles présentant une parenté présumée avec elle. En raison de la tradition, les prénoms dans les familles juives ne pouvaient pas être fortuits. En règle générale, il s’agissait d’un prénom de lignage, « dynastique », transmis de génération en génération. Dans les différentes communautés, les traditions pour nommer les enfants étaient quelque peu différentes, mais dans toutes les familles juives, il existait des prénoms qui apparaissaient constamment, avec une périodicité définie, et passaient dans ces lignages de génération en génération.

Parfois, ces prénoms ont été fixés par la suite comme noms de famille. Par exemple, Palti ou Paltiel, Fridman ou Sholem, Liber ou Liberman, etc.

En principe, d’après la sonorité d’un nom de famille « patronymique » (c’est-à-dire un nom de famille formé à partir d’un nom masculin), on peut déterminer quel prénom masculin faisait partie de l’ensemble des prénoms « dynastiques » dans cette famille au fil des générations (Gershovich, Meirov, Leibzon, etc.). De la même manière, on peut déterminer l’ensemble des prénoms dynastiques féminins — d’après la sonorité des noms de famille dits « matronymiques », c’est-à-dire les noms de famille formés à partir de prénoms féminins (Sorkin, Rosenson, Tobman, etc.).

Il convient de rattacher à la tradition l’utilisation des prénoms des patriarches — les ancêtres des douze tribus d’Israël — en tant que prénoms masculins. Un certain nombre de clans juifs ont conservé la tradition de faire remonter leurs racines aux tribus d’Ephraïm (Ephron), de Naphtali (Naphtaliev), de Manassé (Menashe), etc.

Une autre tradition peut être définie comme familiale — c’est l’utilisation non pas d’un, mais de deux prénoms (parfois plus). Il s’agit du « shem kodesh » et du « kinnouy ». Le « kinnouy » (« surnom ») — le prénom dit usuel, qui était donné en marge du prénom juif traditionnel, tanachique (« shem kodesh »). Les prénoms tanachiques étaient utilisés lors de la liturgie, de l’appel à la Torah, etc. ; les prénoms « usuels » (или двойные) étaient utilisés dans la vie quotidienne ainsi que dans les registres d’état civil. Les « prénoms usuels » différaient selon les pays et, en règle générale, étaient donnés soit en yiddish, soit dans la langue du peuple environnant. Par la suite, ces paires de prénoms devenaient parfois permanentes (Yehouda-Leib, Tzvi-Hirsch, Menahem-Mendel, etc.). Souvent, le prénom-« kinnouy » se transformait en un surnom familial permanent et finissait par acquérir le statut de nom de famille — ou de base du nom de famille de cette famille, puis du lignage (Mendel, Mendelson, Hirsch, Arié, Steinerman, etc.).

Il convient également de rattacher à la tradition juive spécifique pour nommer les personnes certains types de surnoms familiaux devenus avec le temps des noms de famille, qui existaient dans les lignages anciens et sont parvenus jusqu’à nous.

Le premier groupe de ce type de surnoms est celui des surnoms-acronymes. Ils étaient caractéristiques des lignages rabbiniques célèbres et étaient utilisés depuis des temps anciens — depuis le début du Moyen Âge. Ce groupe se divise à son tour en plusieurs types. Ainsi, on peut distinguer les surnoms commençant par le mot RA- (RASHI, RAMBAM, RAMBAN, RASHBA, etc.) — dans ce cas, la désignation contient le mot « rabbi » — « maître », ou « rabeinou » — « notre maître » : RASHI — « rabbi Shlomo Itzhaki », RAMBAM — « rabeinou Moshe ben Maimon », etc.

Un autre groupe de désignations commence par la syllabe MA- (MAARSHAK, MAHARIL, MAHARAM, etc.). Cela indique la présence dans l’acronyme de la titration « moreinou » — une autre forme pour s’adresser à « notre maître » : MAARSHAK — « moreinou ve-rabeinou Shlomo Kluger », MAHARIL — « moreinou ve-rabeinou Yehouda-Leib », etc. Ainsi, ces deux groupes indiquent généralement l’appartenance du porteur à des lignages rabbiniques anciens et célèbres.

D’autres types de désignations-acronymes indiquent la parenté des premiers porteurs avec de célèbres rabbins. Ce sont les groupes de surnoms commençant par la syllabe BAR- (BARON, BARAN, BARATZ, etc.) ou HAR- (HARON, HARATZ, HARAL). La syllabe BAR- se décode comme « ben rabbi », c’est-à-dire « fils du rabbin », et HAR- comme « hatan rabbi », c’est-à-dire « gendre du rabbin » : BARATZ — « ben rabbi Tzvi », BARAN — « ben rabbi Nahman » ; HARAL — « hatan rabbi Leib », etc.

On peut également prêter attention aux surnoms-acronymes à caractère plus individuel, tels que, par exemple, KATZ (« Kohen Tzadik » — prêtre juste » ou « Kohen Tzadok » — prêtre Tzadok), SHUB (« shokhet u-bodek », c’est-à-dire abatteur et vérificateur), et ainsi de suite.

Un autre groupe de surnoms familiaux juifs spécifiques est celui des désignations qui correspondent à des titres de livres. Depuis fort longtemps, il existait chez les Juifs une tradition consistant à désigner les rabbins éminents par le titre de leurs ouvrages les plus connus. Ainsi, par exemple, le célèbre rabbin de Prague des XVIe — XVIIe siècles, Yehouda-Loew ben Bezalel, outre la désignation-acronyme MAHARAL (« notre maître le rabbi Loew »), était également connu sous le surnom de « Gour-Arié ». C’était le titre de son traité théologique fondamental. Par la suite, certains descendants du célèbre rabbin ont hérité de ce surnom, le transformant avec le temps en nom de famille. De ce surnom proviennent les lignages Gourary, Gourarié, etc.

Comme les rabbins prenaient souvent pour titre de leurs ouvrages des citations du Tanakh, il en est résulté un groupe de noms de famille remontant aux versets et aux images du TANAKH, par exemple le nom de famille Ktalherman (« Ke tal Hermon », comme la rosée du Hermon — d’après un verset du Psaume parlant du Messie). Un autre nom de famille de ce type est, par exemple, le nom Maskileyson (« Maskil Eyson » ou « Maskil Eitan » — « Enseignement d’Eitan », sous-titre du Psaume 86). C’était le titre de l’ouvrage talmudique du rabbi Avraham ben Yehouda-Leib de Minsk (1788 — 1848), d’après lequel il reçut par la suite un surnom devenu le nom de famille de ses descendants.

Les racines historiques du nom de famille

Souvent, l’histoire même de l’apparition du nom de famille nous fournit un riche matériel d’étude. Nous pouvons l’illustrer par ce que l’on appelle le « phénomène de Francfort » ou l’histoire de la formation des noms de famille dans le ghetto juif médiéval « Judengasse » à Francfort-sur-le-Main.

La communauté juive de Francfort-sur-le-Main revêt une importance particulière dans l’histoire juive. Il convient de s’arrêter un instant sur ce phénomène. Les Juifs y vivaient depuis des temps anciens. Vers 1150, le rabbin Eliezer ben Nathan de Mayence écrivait que la communauté juive de Francfort était petite mais prospère et dotée d’une structure organisationnelle claire, et que de nombreux Juifs d’autres villes se rendaient aux foires de Francfort-sur-le-Main. Le quartier juif « Judengasse » se trouvait dans la partie sud de la ville et constituait en fait son centre d’affaires et administratif (l’hôtel de ville et l’hôtel des monnaies s’y trouvaient). Dans la « Judengasse » de Francfort vivaient les familles qui ont créé le système financier qui est, en fait, le prototype du système bancaire moderne.

En 1618, 370 familles juives vivaient à Francfort-sur-le-Main (occupant 195 maisons), en 1694 — 415 ; vers 1709, l’effectif de la communauté atteignait 3019 personnes. Les maisons juives, pour la plupart en bois mais sur des fondations en pierre, se distinguaient par des enseignes blanches, vertes, rouges ou noires. Jusqu’au XVIIIe siècle, la numérotation des maisons était totalement absente dans toutes les villes européennes. À vrai dire, on n’en ressentait pas un besoin impérieux. La population des villes n’était pas si nombreuse et, en principe, les habitants se repéraient assez librement dans la ville ou dans leur quartier : tout le monde savait à qui appartenait telle ou telle maison. En même temps, à partir de la seconde moitié du XIVe siècle, les enseignes qui décoraient les façades des maisons se sont répandues dans les grandes villes d’Europe. Ces enseignes présentaient des images symboliques de lions, de lys, de fers à cheval, de roses, d’ours, de tours, etc. Toutes ces images portaient un sens symbolique assez profond, d’ailleurs accessible à tout citadin médiéval. Elles décoraient, en premier lieu, les maisons des citoyens aisés.

Par exemple, la rose héraldique médiévale rouge, qui possédait cinq ou dix pétales, symbolisait le mystère spirituel. C’est pourquoi, en Allemagne, on peignait ou représentait la rose en bas-relief sur les plafonds des salles ou des chambres de conseil, en soulignant que tout ce qui était dit « sous la rose » (sub rosa) était confidentiel. La rose servait non seulement de symbole du silence, mais aussi de préservation du secret. Par exemple, le célèbre rabbi Meir Worms était non seulement un rabbin, mais aussi un cabbaliste renommé (comme quelques autres représentants de ce lignage). C’est pourquoi l’image de la rose qu’il a choisi de suspendre au-dessus de l’entrée de sa maison reflétait de manière tout à fait logique pour l’époque la sphère d’intérêts et d’activité du maître de cette maison — le mystère spirituel.

Les symboles sur les enseignes devant les portes, qui servaient initialement d’indicateurs pour les maisons appartenant à ces familles, sont devenus par la suite, d’une part, des représentations héraldiques des familles correspondantes, et d’autre part, la base de surnoms familiaux qui se sont transformés en noms de famille. Par exemple, le bouclier rouge de la famille Rothschild, l’aigle de la famille Adler, la corne de cerf de la famille Hirschhorn ou le navire de la famille Schiff.

L’histoire du surnom familial « Schiff » mérite un récit particulier, ne serait-ce que court. Initialement, le surnom de cette famille était Kahn et, comme il s’était formé à partir de l’ancienne désignation Kohen, il s’écrivait en caractères latins avec la lettre h conservée : Kahn. En allemand, Kahn signifie « barque ». C’est pourquoi, peu après son installation dans une maison du ghetto de Francfort, la famille l’a signalée par une enseigne représentant une barque. Mais plus tard, lorsque la famille Kahn s’enrichit et occupa de hautes positions au sein de la communauté, le chef de famille décida qu’une barque était bien modeste pour une famille respectée. Et l’image de la barque sur la maison fut remplacée par l’image d’un navire à voiles. Navire en allemand se dit Schiff. Et la famille fut bientôt appelée non plus Kahn, mais Schiff.

Plus tard, de nouveaux symboles se sont ajoutés aux symboles initiaux. Par exemple, sur le blason des Rothschild, qui ont en fait créé le système bancaire moderne, cinq zones ont été distinguées. Dans quatre d’entre elles, dont chacune se rapportait à l’un des fils du fondateur de la dynastie Amschel, ont pris place des animaux héraldiques — une zibeline, un aigle, un léopard et un lion, et dans la cinquième — une main serrant un faisceau de quatre flèches.

Parmi les autres lignages célèbres issus de ce quartier, il convient de citer les familles Schwarzschild (« Bouclier noir »), Hahn (Coq), Gelfand (« Éléphant »), Reintraub (« Grappe de raisin rouge »), Eppel (« Pomme »), Birnholz (« Poirier »), Stein (« Pierre »), Einhorn (« Licorne ») Stern (« Étoile »), Eul (« Chouette »), Falk (« Faucon »), Fläsch (« Flasque »), Goldstein (« Pierre d’or ») Frosch (« Grenouille ») Haas (« Lièvre »), Hecht (« Brochet »), Horn (« Corne »), Kessel (« Chaudron »), Knoblauch (« Ail »), Korb (« Panier »), Rosenkranz (« Couronne de roses »), Rost (« Grille »), Traube (« Raisin »), Krebs (« Écrevisse »), Hirsch (« Cerf »), Taube (« Colombe »), Spiegel (« Miroir »), Wolff (« Loup ») et d’autres. À partir du milieu, et surtout de la fin du XVIIIe siècle, nous verrons l’essaimage des représentants de ces lignages dans toute l’Europe occidentale et orientale, jusqu’à l’Empire russe.

Le contexte socio-historique de la recherche sur l’histoire du lignage

Lors de la réalisation de recherches sur l’histoire d’un lignage, l’étude du contexte historique et social de l’origine de telle ou telle famille joue un rôle important. En effet, les moments clés dans les particularités du développement des lignages dépendent en grande partie de facteurs façonnés sous l’influence de conditions historiques concrètes dans telle ou telle région, à telle ou telle époque historique.

Après avoir identifié l’homme qui est le fondateur de cette famille (c’est-à-dire le premier porteur du nom de famille étudié à l’étape précédente), ou simplement le premier porteur documenté de ce nom de famille, nous procédons à une étude détaillée de la situation historique, sociale et économique dans sa région de résidence.

Parallèlement, on met au jour les liens de parenté et professionnels du fondateur de famille étudié. Après avoir identifié les liens correspondants, nous étudions les familles apparentées afin d’établir, dans la mesure du possible, son appartenance au lignage correspondant.

À cette étape (et conformément au profil socio-historique et économique de l’aire de répartition), on étudie également les intérêts professionnels de cette famille (pour ainsi dire, les sphères d’activité ou professions « familiales », « héréditaires »).

Les sources anciennes

Pour ce qui est des sources d’information, outre les sources relativement contemporaines, il convient de mentionner les plus anciennes d’entre elles. Par exemple, le Tanakh (où bon nombre d’entre eux sont littéralement décrits) et le Talmud, dans lequel nous trouvons une multitude d’informations sur les implantations des Juifs en Eretz-Israël, à Babylone et en Perse, à Rome et dans les États hellénistiques, constituent pour nous des sources importantes pour l’étude des lignages juifs.

Par exemple, c’est précisément du Tanakh que nous tirons les informations sur les racines des deux plus anciens clans juifs — les Kohanim (Kogan, Kagan, Kaganovich, etc.) et les Lévites (Levitas, Levit, Levitsky, etc.). Les porteurs de ces noms de lignage les ont soigneusement conservés au cours des siècles, gardant mémoire de leur appartenance à la tribu des prêtres. Ces clans comptent au moins environ trois mille cinq cents ans.

Comme le statut de cohen et de lévite dans le judaïsme se transmet par la lignée masculine, le terme correspondant a commencé à être perçu par les peuples entourant les Juifs comme un surnom de famille. Par conséquent, lorsque les Juifs ont commencé (volontairement ou par prescription de la loi) à se doter de noms de famille, de nombreux « kohanim » et « lévites » ont reçu le nom de famille Cohen ou Levi.

À la suite des déplacements d’une localité à une autre, ainsi que simplement avec le temps, la prononciation de nombreux noms de famille a changé, et le nom de famille Cohen a donné, outre ceux déjà cités, des variantes telles que Kann, Kohn, Kagansky, Kaganovsky, Kuhn, Koganer, Koganzon, etc. Toutes ces familles appartiennent au clan des descendants des kohanim. On peut dire la même chose des descendants des lévites.

L’unité d’origine des lignages juifs indiqués (et de quelques autres qui leur sont liés d’une manière ou d’une autre) est confirmée non seulement par les sources traditionnelles, mais aussi par les recherches génétiques de ces dernières années. En particulier, on peut se référer aux recherches du Dr Karl Skorecki, professeur à l’Université de Toronto, puis au Technion de Haïfa. Conjointement avec le professeur Michael Hammer de l’Université d’Arizona, il a mené des recherches sur l’analyse de l’ADN auprès d’un groupe de Juifs appartenant traditionnellement aux kohanim. L’ensemble commun de marqueurs génétiques chez les kohanim ashkénazes et séfarades indique leur origine commune, la source de leur origine commune ayant existé bien avant la division de la communauté juive entre Séfarades et Ashkénazes. Selon Skorecki et Hammer, l’ancêtre commun des kohanim dans ces deux groupes du peuple juif est séparé de notre époque par environ 106 générations. Une telle période correspond à l’apparition de la diversité des chromosomes existant chez les kohanim actuels, et cette période correspond à 3300 ans. C’est-à-dire que nous arrivons au point de départ — à l’époque de l’Exode, où, selon le Tanakh, vivait le grand prêtre Aaron.

En nous occupant de l’étude d’une série de familles, nous avons constaté à plusieurs reprises que la tradition familiale / du lignage rattache une famille concrète à telle ou telle tribu d’Israël. Les tribus de Ruben, d’Ephraïm et de Manassé sont citées plus souvent que les autres. Sans la confirmer ni la réfuter (ce qui est impossible au niveau actuel de développement de la science), nous pensons néanmoins qu’il convient de prendre en compte cette tradition dans les recherches. La tradition de ces familles / lignages peut manifester un tel lien non seulement dans les prénoms du lignage. Le lien peut se manifester de manière associative, imagée — par exemple par des surnoms « de couleur » renvoyant à la couleur des bannières mentionnées dans le Tanakh (rouge pour Ruben, céleste pour Yehouda, etc.) ou par les pierres précieuses correspondant à chaque tribu sur le pectoral du grand prêtre. Naturellement, on ne peut parler d’un tel lien que de manière conjecturale.

Les racines de nombreuses familles et lignages rabbiniques remontent aux docteurs de la Loi de Poumbedita et de Soura (l’académie de Soura a rivalisé pendant plusieurs siècles avec l’académie de Poumbedita), par exemple la famille Paltiel et ses diverses ramifications (Paltis, Palti, etc.), qui remontent aux légendaires docteurs de la Loi-gueonim de Babylone. Beaucoup de célèbres lignages rabbiniques qui dirigeaient des communautés en Italie, en Allemagne, en France, en Pologne, au Maroc, etc., avaient des racines dans la diaspora babylonienne. On suppose notamment une origine babylonienne pour les lignages Fridman, Shakhnovich, Shraga et quelques autres (ce qui est confirmé par une série d’études, y compris les recherches menées par notre Institut).

Lors de l’étude du contexte socio-historique dans lequel se déroule l’histoire d’une famille (d’un lignage) concrète dans une région donnée, le point de départ des recherches des spécialistes de l’institut « Am haZikaron » est l’établissement des témoignages de la première apparition, la plus ancienne, des Juifs dans cette région. Ces témoignages sont de plusieurs types.

En premier lieu — des témoignages documentaires, c’est-à-dire des mentions dans les annales et les chroniques, dans les décrets gouvernementaux, dans la correspondance privée, ainsi que, bien entendu, dans les « pinkassim », c’est-à-dire les chroniques des communautés juives et dans les livres rabbiniques. Le recoupement des informations issues de sources juives et non juives revêt une grande importance.

Par exemple, dès l’époque de l’Empire romain, les Juifs commerçants, artisans, financiers et soldats mercenaires marchaient aux côtés des légions romaines et s’installaient dans les colonies romaines qui apparaissaient en Europe centrale et septentrionale.

La plus ancienne de ces colonies était Colonia Agrippina, l’actuelle Cologne. La communauté juive de cette ville (d’abord un fort) est apparue au début du IVe siècle. Les Juifs de Colonia Agrippina sont mentionnés pour la première fois dans les décrets de l’empereur Constantin de 321 et 331. Les Juifs de Cologne s’occupaient de commerce, d’approvisionnement matériel et de financement des légionnaires romains. C’est après la Seconde Guerre mondiale, alors que l’aviation alliée avait bombardé une grande partie de la ville, que l’on a découvert sous les ruines de l’une des églises une gueniza juive contenant des manuscrits d’une grande rareté.

Outre les témoignages de ce genre, les informations conservées par la tradition juive jouent également un rôle important. Même si ces informations ne sont pas directement confirmées par des documents ou des vestiges de la culture matérielle, leur importance ne saurait être surestimée, car la tradition remonte aux témoignages d’oculaires et de contemporains de tels ou tels événements.

Dans certains cas, la toponymie nous fournit également des informations précieuses. Par exemple, à l’heure actuelle, la plupart des historiens (notamment Salo W. Baron) considèrent que les Juifs, en tant qu’habitants locaux, sont apparus pour la première fois dans le sud de la péninsule Ibérique au IIIe siècle de notre ère, voire encore plus tôt. (Ainsi, dans le sud de l’Espagne, en Andalousie, de nombreuses localités et communes portent des noms qui remontent à des noms juifs. On sait que le nom de la ville de Séville provient du mot hébreu « Shfela » — plaine ; le nom « Cordoue » s’est formé à partir de la déformation de l’araméen Kart-de-Yuba (ville de Juba — le roi numide) ; Carthagène — de Kart-Hadash, en araméen Ville Nouvelle.)

Cela nous est important en lien avec la mention dans ce contexte de certains lignages juifs. Comme l’indique l’encyclopédie juive de Brockhaus et Efron : « À Murviedro (l’ancienne Sagonte), on signalait même une pierre tombale portant l’inscription : « Ici est enterré Adoniram, serviteur du roi Salomon, venu réclamer le tribut et mort. » Et les lignages Ibn Daoud et Abravanel s’enorgueillissaient de leur descendance de la maison du roi David ; leurs ancêtres s’étaient installés depuis des temps immémoriaux dans les environs de Lucena, de Séville et de Tolède. Cette dernière, selon les traditions, avait été construite par des Juifs expulsés par Nabuchodonosor pendant la captivité de Babylone. »

Le profil économique de la région

Les raisons de la mobilité des Juifs depuis des temps anciens résidaient, dans une large mesure, également dans des facteurs économiques. Il convient de préciser ici : par facteurs économiques, nous entendons non seulement la dégradation de la vie dans un endroit et la tentative de l’améliorer en s’installant dans un autre lieu (comme, pour les Juifs des shtetls de la zone de Résidence, l’émigration vers l’Amérique), mais aussi la recherche de nouveaux marchés par les marchands, la recherche de nouvelles terres non exploitées et non habitées par les propriétaires terriens, et ainsi de suite.

Par exemple, au XIIe siècle, le prince Boleslas le Pieux promulgua un recueil de lois (le soi-disant « Statut de Kalisz ») selon lequel les Juifs installés sur les terres polonaises se voyaient accorder de nombreux privilèges — jusqu’à l’autorisation de se doter de leurs propres détachements armés. À une époque, en Pologne et en Lituanie, les droits accordés aux Juifs ne différaient en général guère des droits de la szlachta. Ainsi, le rabbin de Brest, Mendel Frank, portait le titre de « fonctionnaire royal », et le Juif Shmoïlo Izraïlovich fut nommé député auprès du voïvodat de Vilna. Tout comme les nobles, les Juifs portaient sur eux des sabres et, en cas de besoin, étaient toujours prêts à en faire usage. Ils portaient également des chaînes en or et des bagues représentant des armoiries. Selon les termes du rabbi Hillel ben Hertz, les Juifs lituaniens pouvaient même prêter serment devant un tribunal chrétien la tête couverte. Les Juifs en Lituanie pouvaient posséder et possédaient leurs propres domaines. Les Juifs riches sont souvent mentionnés dans les documents conservés en tant que fonctionnaires et hommes d’État.

Bientôt, sur le territoire de la Pologne, il y eut des localités (villages, shtetls) qui étaient administrées par des Juifs nommés par les magnats propriétaires terriens (la famille Wahl, par exemple), et même des implantations dont 100 % de la population était juive. Au tout début du XVIe siècle, les représentants des lignages Mintz, Frank, Margaliot, Fishel et d’autres occupaient les fonctions de seigneurs généraux (c’est ainsi que l’on appelait en Pologne les chefs des communautés juives non pas de localités isolées, mais de régions entières). Selon certaines données, les Juifs étaient alors « responsables » de 90 % des exportations polonaises. Vers le milieu du XVIe siècle sont apparus des lignages tels que Rachal, Isserles, Bach, Kopelman, Horowitz, Sirkis, Izraïlovich.

Par la suite, déjà aux XVIIIe et XIXe siècles, après les partages de la Pologne, sur le territoire de l’Argentine… de l’Empire russe, le commerce des grains, du sucre et d’autres produits agricoles, la production de boissons alcoolisées, le secteur bancaire et quelques autres professions sont devenus le terrain d’activité de Juifs entreprenants, en particulier de lignages tels que les Vinokour, Braverman, Gorelik, Weiner, Weizmann, Koren, Khlebnik, Poliakov, Ginzburg, Varshavsky, Peretz, Zeitlin, Rafalovich, Brodsky, Zaitsev, Blioch. Comme résultat et l’une des conséquences de l’essor rapide de l’activité économique, on a vu apparaître dans les frontières russes des lignages et familles rabbiniques anciens (Posner, Gourevitch, Katzenellenbogen, Epstein, Bacharach, Ephrussi, etc.).

Un autre exemple de l’influence du facteur économique sur les migrations des Juifs est l’apparition des Juifs italiens en Crimée aux XIIIe-XVe siècles. Les colonies génoises en Crimée constituaient des régions très prometteuses d’un point de vue économique : un commerce intense de grains, de vin s’y déroulait, et plusieurs routes tracées dès l’époque des Radhanites y passaient, par lesquelles transitaient les marchandises d’Asie centrale et d’Extrême-Orient. Le commerce des esclaves capturés par les Tatars lors des razzias en Pologne et en Russie y était actif. On y importait des armes, des bijoux, des tissus, etc. Tout cela a conduit à une migration assez intense vers ces colonies (Soldaia — Soudak, Cembalo — Balaklava, Caffa — Théodosie, etc.) de Juifs de Gênes et d’autres villes d’Italie. C’est ainsi que se sont formées des communautés juives florissantes en Crimée. À ces communautés se rattachent les lignages de Krytchaks (Juifs de Crimée) existant encore aujourd’hui, avec des racines italiennes — les lignages Lombroso, Angeli, Manto, Piastro et quelques autres.

Après la conquête des colonies italiennes par les Turcs ottomans, les communautés juives s’y sont pour la plupart maintenues et se sont partiellement enrichies de Séfarades turcs (par exemple, les familles de Crimée assez ramifiées Mizrahi, Izmerli, Kurkchi, Bakshi), et ont continué en partie à se compléter de personnes originaires de cette même Italie et d’Allemagne.

L’un des exemples les plus marquants de l’influence des incitations économiques est, sans aucun doute, l’immigration juive dans le Nouveau Monde à partir du XVIe siècle. Bien que l’une des raisons de l’apparition des Juifs en Amérique latine fût le décret d’expulsion, les facteurs économiques ont joué un rôle non moins important — après tout, un continent entier venait d’être découvert, les colonies nouvellement créées avaient besoin de développement économique. Et des milliers de Juifs se sont empressés de traverser l’océan. Ils n’étaient pas effrayés par la possibilité d’être confrontés aux persécutions de cette même Inquisition qu’ils avaient fuie auparavant en Espagne. De fait, il n’y eut au début d’Inquisition ni au Mexique, ni au Brésil. Et la Jamaïque est même devenue, grâce à la protection de la famille Colomb (ou Colón, comme on appelait cette famille en Espagne), un refuge pendant tout un siècle pour les « Portugais » — les Juifs espagnols et portugais. Sur les îles de Jamaïque, de Suriname, de Barbade vivent à ce jour des descendants des lignages Curiel, Moshiah, Cohen-Henriquez et de quelques autres. Ici, dans les pays d’Amérique centrale et du Sud, on peut retrouver les racines de lignages juifs devenus par la suite célèbres comme Cáceres, Carvajal, Castro, Franco et quelques autres.

Migrations des lignages et des familles

À l’étape suivante de la recherche, on procède à l’étude de la migration des représentants de la famille (du lignage) en question. Une telle étude est menée de façon globale : elle suppose l’examen tant de facteurs à caractère général (économiques, géopolitiques et démographiques) susceptibles d’influer sur les migrations des Juifs de cette région, que de facteurs à caractère personnel (par exemple, l’invitation d’un rabbin issu de cette famille par une communauté d’une autre région ; les liens commerciaux entre des régions concrètes, etc.).

Parmi les raisons qui ont provoqué des déplacements massifs de Juifs, l’une des principales doit bien sûr être considérée comme les actions violentes des conquérants ou des autorités, c’est-à-dire les expulsions de Juifs.

Par exemple, la Provence, située entre la France, l’Espagne et l’Italie, a été aux XIIIe-XVe siècles un grand centre juif. Par conséquent, les racines de certains lignages juifs célèbres se situent sur ces terres. À ce nombre appartiennent les lignages Macho, Montréal, Ha-Yarhi, Anatoli, Ibn Kaspi, Todros, Bendig, des branches des familles très célèbres Kalonymus, Provençal et d’autres. On ne peut passer sous silence le fait que c’est d’ici que provient le célèbre devin Nostradamus, qui avait une origine juive et appartenait à une famille juive connue en Provence, Gassonet. Dans d’autres régions du sud de l’Europe (Languedoc, Roussillon, etc.) se sont installés des lignages provençaux tels que Lattes, Posquières, Astruc, Kimhi, Bedersi, etc. En 1498, le séjour en Provence fut interdit aux Juifs. Les Juifs expulsés ont commencé à s’installer dans le Comtat Venaissin, en France, en Italie, à Salonique.

L’expulsion juive la plus célèbre de la fin du Moyen Âge a été l’expulsion des Juifs d’Espagne. Par sa portée, elle a également influencé la formation de nombreuses familles et de nombreux lignages juifs. En 1492, les Rois Catholiques d’Aragon et de Castille, Ferdinand et Isabelle, ont signé le tristement célèbre « Décret d’Alhambra ». Selon celui-ci, les Juifs devaient soit quitter les frontières de l’Espagne, soit se faire baptiser. Beaucoup de ceux qui ne souhaitaient pas abjurer leur foi se sont déplacés vers le pays voisin — le Portugal, où les Juifs étaient autorisés à conserver la foi judaïque.

Cependant, cinq ans plus tard déjà — en 1497 — une loi analogue au « Décret d’Alhambra » espagnol fut adoptée au Portugal. Et ce, avec un durcissement : selon la loi portugaise, tous les Juifs étaient tenus de se faire baptiser. Il n’était nullement question d’une expulsion volontaire, les Juifs n’étant pas autorisés à quitter le pays : c’était le baptême ou la mort immédiate. C’est ainsi que des Juifs qui ne voulaient pas se faire baptiser en Espagne ont été baptisés de force au Portugal. De très nombreuses familles juives célèbres aujourd’hui proviennent d’expulsés d’Espagne et du Portugal, en particulier les lignages Portugali, Abravanel, Ségur-Coronel, Aboab, Cordovero, Acosta, Spinoza, Caro, Mendes, Belmonte, Castro, Zacuto, etc.

Don Itzhak Abravanel a pris la tête des Juifs d’Espagne lors de l’expulsion. Ses descendants se sont par la suite dispersés dans de nombreux pays, de sorte que nous retrouvons des branches distinctes de cette famille ancienne et respectée en Allemagne, en France, en Hollande et dans l’Empire russe. Souvent, au cours des migrations d’Espagne vers le nord-est de l’Europe, les familles juives changeaient de nom de famille, donnant ainsi naissance à de nouveaux lignages devenus célèbres par la suite. C’est ainsi que, comme nous l’avons déjà indiqué, certains Benveniste sont devenus des Epstein, et des Porto — des Ginzburg. L’une des branches de la famille ha-Levi de Gérone a reçu le nom de famille Horowitz (Horvitz, Gourevitch, Ourvitch, etc.), et l’une des branches des Abravanel est devenue Pasternak.

Jusqu’aux terres d’Europe orientale — Pologne, Lituanie, Ukraine — sont parvenues au cours de leurs errances, et s’y sont installées, quelques autres familles « espagnoles ». C’est précisément en lien avec cela que nous découvrons la présence de noms de famille séfarades caractéristiques sur le territoire de l’Empire russe, par exemple des noms tels que Curiel, Lombroso, Delgado, Mizrahi, Pinto, Abugov (Abou-Ghof), Khetzgori, Binoun (Bin Noun), Abarbachouk (Abravanel). Certains noms de famille ont modifié leur sonorité, et ont par la même occasion donné vie à de nouvelles ramifications de lignages anciens — des lignages d’Europe orientale tout à fait indépendants comme Gaïtzgory (Khetzgori), Paperny (Paperna), Doniakhine/ Doniakhov (Don Yhye), Peretz/Persky (Perez), etc.

Le fait que ce sont précisément les expulsés d’Espagne qui, en raison de leur grand nombre et de leur niveau d’instruction, ont fini par constituer la base de la communauté juive de l’Empire ottoman mérite une attention particulière. Avant la vague des Séfarades, il existait ici d’anciennes communautés juives « romées » (c’est-à-dire byzantines) (« romaniotes » en hébreu), auxquelles s’étaient joints des siècles auparavant des réfugiés d’Arabie — les membres survivants des anciens clans juifs de Médine et de Khaybar, des Banu Nadir et des Banu Qaynuqa, expulsés par Mahomet. Les communautés romées possédaient leur liturgie ancienne, leurs propres livres de prières. Les Séfarades ont absorbé et assimilé ces communautés (à Salonique, à Rhodes, etc.), de sorte qu’aujourd’hui, parmi les lignages et familles que nous considérons comme ayant une origine séfarade, on peut trouver des descendants de « romaniotes », ces Juifs byzantins fondus au sein de communautés séfarades plus nombreuses. À ce nombre appartiennent les célèbres clans juifs Katz (descendant d’Akiva Katz de Salonique), Taitatzak, Danon, Pierleoni, Finzi, Paltiel, Pisa, Luria, les Hagoel de Sicile, Alkabetz (ramification de la célèbre famille rabbinique espagnole).

En s’installant dans les frontières de l’Empire ottoman, les expulsés d’Espagne ont assimilé non seulement la communauté grecque (« romée », « romaniote »). Les Séfarades ont en fait absorbé les communautés d’Afrique du Nord, qui avaient des racines anciennes remontant jusqu’à l’Empire romain, mais qui avaient considérablement décliné après l’invasion des barbares germains, puis des conquérants musulmans. C’est ainsi que, grâce aux expulsés d’Espagne, se sont formées de nombreuses communautés juives au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye et en Égypte. C’est précisément dans ces communautés d’Afrique du Nord (ou du Maghreb) que se situent les racines de lignages célèbres aujourd’hui, comme les familles marocaines Abulafia, Abrogil, Aviazer, Ouannon, les familles algériennes Palacci (Palazzi), Hazan (l’une des ramifications de la célèbre famille), le lignage tunisien Bourgel, etc.

L’expansion de l’Empire ottoman, qui s’est déroulée entre la fin du XVe et le début du XVIIIe siècle, a exercé une influence géopolitique sérieuse sur les migrations des lignages juifs d’Europe orientale et du Sud-Est. Les Juifs ont participé de manière assez active à l’organisation de la machine militaire turque, ont pris part à l’activité de l’administration turque, ont développé le commerce et l’artisanat. Il en est résulté la formation de communautés entières de Séfarades en Bessarabie, en Hongrie, en Galicie. Il existe une hypothèse selon laquelle de nombreux lignages juifs de Galicie ont des racines séfarades. Tout simplement, à un moment donné, à nouveau en raison d’un changement de la situation géopolitique (défaite de l’Empire ottoman, retour des autorités autrichiennes), ces familles (ou les fonctionnaires locaux) ont traduit les noms de famille séfarades en allemand : Oliveira (« Olivier » en espagnol) est devenu Ölbaum (la même chose, mais en allemand), Pereira (« Poirier » en espagnol) — Birnbaum (« Poirier » en allemand), et ainsi de suite. Dans tous les cas, on peut affirmer avec assurance que les liens entre des familles comme les familles Tennenbaum ou Rosenfeld qui vivaient à Cracovie et à Lublin, et Klugerman, Abraham à Lemberg (Lvov), et les familles séfarades de Turquie sont incontestables.

Dans l’Empire russe, à l’époque de l’existence de ce que l’on appelait la « zone de Résidence des Juifs », c’est-à-dire de la liste des gouvernements russes où la résidence était autorisée ou interdite aux Juifs, des déportations tout comme des expulsions ont eu lieu. Par exemple, le déplacement des Juifs des zones rurales vers les shtetls et les villes de la zone de Résidence (le gouvernement tsariste a promulgué de tels décrets à plusieurs reprises, motivant ces décisions par l’influence néfaste des Juifs sur la paysannerie) revêtait plutôt le caractère d’expulsions.

La population juive de Galicie, qui a été occupée par les troupes russes en 1914-1915, s’est retrouvée dans une situation particulièrement difficile. Grâce à ces déportations grandioses, nous suivons l’apparition de familles juives biélorusses et ukrainiennes (Ryvkin, Malkin, Khariton, Rabinovich, Khatskelevich) loin de leurs lieux d’origine — dans la Russie centrale, au-delà de la chaîne de l’Oural, à Novossibirsk et à Krasnoïarsk.

Les causes de migrations juives ayant eu les conséquences les plus Lourdes ont été, sans aucun doute, les guerres et les pogroms juifs. Voici quelques exemples d’événements de ce genre et de leur influence sur les migrations. La guerre de Bogdan Khmelnitsky (1648 — 1649) a secoué l’Ukraine et la Pologne. Des communautés juives florissantes ont été exterminées ; les Juifs ayant survécu aux massacres ont fui vers l’Ouest, à l’intérieur de la Pologne et en Autriche. Les restes des premières communautés « cananéennes » qui conservaient encore par endroits leur originalité ont péri. C’est ainsi que sont apparus et se sont installés en Autriche des lignages juifs qui existaient auparavant en Ukraine (par exemple, les Hannover, Beliavker).

Environ deux générations plus tard, des Juifs se sont à nouveau installés sur les terres ukrainiennes — et il s’agissait de Juifs de Galicie et de Pologne (Ostrovsky, Belsky, Grodner, Litvak, etc.).

Les pogroms de 1881-1882 ont éclaté sur le fond de la situation politique instable qui s’est développée en Russie après l’assassinat d’Alexandre II par les volontaires du peuple (1er mars 1881).

Le résultat des pogroms a été une émigration en forte hausse des Juifs russes vers les États-Unis, l’Argentine, l’Europe occidentale, la Grande-Bretagne et Eretz Israël.

C’est précisément à la fin du XIXe siècle que plusieurs milliers de Juifs ont émigré aux États-Unis. Une partie d’entre eux changeaient leurs noms de famille juifs pour de nouveaux noms américanisés. Ainsi, par exemple, la famille du célèbre écrivain américain de science-fiction Robert Sheckley portait initialement le nom de famille Shklovsky et se rattachait à ce lignage juif ancien et célèbre de Pologne. Une autre famille, Danilovich, s’est transformée ensuite en Douglas et a donné, comme on le sait, deux super-vedettes du cinéma américain. Un rejeton de la famille Suchowlianski de Grodno est devenu aux États-Unis Meyer Lansky et a reçu le surnom « honorifique » de « comptable de la mafia ». Au cours du processus d’immigration aux États-Unis, d’anciens clans se sont retrouvés et ont commencé ici une nouvelle vie comme Gourevitch-Horowitz, Levinsky, Poliak-Pollack, Asimov, Miller, etc.

De même, après la vague de pogroms qui a déferlé sur la Russie dans les années 1880, a commencé une vague d’émigration assez massive de Juifs ashkénazes d’Europe orientale vers l’Amérique latine. L’activité du remarquable philanthrope juif, le baron de Hirsch, y a largement contribué. Avec son aide fut créée la JCA (Jewish Colonization Association), qui se fixait pour objectif la création de colonies agricoles juives en Amérique du Sud, avant tout en Argentine. C’est ainsi que sont apparues de nouvelles ramifications de lignages juifs anciens — de l’autre côté de l’océan Atlantique. Un nombre non négligeable de représentants de ces familles sont entrés dans la composition de l’élite politique et culturelle de l’Argentine, malgré une hausse significative de l’antisémitisme à certaines périodes de l’histoire récente. À ces lignages appartiennent les lignages Grinspun, Aguinis, Gass, Stubrin, Yaroslavsky, Maier, Lowenthal, Kantor, etc. L’effectif de la communauté juive d’Argentine à la fin des années 1990 s’élevait à environ 195 000 personnes.

Une communauté juive un peu plus petite, mais nombreuse également, s’est formée dans le pays voisin de l’Argentine — le Chili.

Aujourd’hui, dans de nombreux pays musulmans, les communautés juives sont pratiquement absentes. Pourtant, ces communautés (on les appelle parfois « mizrahim » — « orientales ») possèdent leur propre histoire ancienne. Par conséquent, chez de nombreux lignages juifs actuels, dont les représentants vivent en Israël, en Europe, aux États-Unis, etc., les racines se situent dans les communautés irakienne et iranienne. Par exemple, en Irak, sous l’influence du mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini, a commencé une active propagande antisémite, qui s’est intensifiée après la création de l’État d’Israël. Les Juifs irakiens et kurdes ont été évacués vers Israël au cours d’une opération spéciale de l’armée de l’air israélienne. À l’heure actuelle, il ne reste presque plus de Juifs dans le pays. Mais on décèle aujourd’hui des racines irakiennes chez les lignages Kadoorie, Barzani (une famille dont les représentants ont dirigé pendant des siècles la communauté juive du Kurdistan irakien), Haddad, Hakham, Shoshi, Bavli, Sassoon, etc.

L’histoire des Juifs d’Iran au XXe siècle ressemble à celle de leurs voisins d’Irak. D’autant plus que, pendant longtemps, les deux communautés ont été étroitement liées — au point que le chef des Juifs perses (iraniens) était nommé par le chef de la communauté de Bagdad. Après une vie relativement tranquille sous le chah Mohammad Reza Pahlavi, les Juifs ont subi les persécutions les plus cruelles après l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini et la transformation de l’Iran en République islamique d’Iran. La grande majorité des Juifs a quitté le pays par tous les moyens possibles, c’est pourquoi vivent aujourd’hui en Israël les représentants de nombreux lignages anciens de Juifs perses — Bannayan, Asgaroladi, Larian, Samadi, Katsav, Farouz et d’autres.

En nous intéressant aux familles et aux lignages qui ont fait leur aliyah en Eretz-Israël et qui vivent aujourd’hui dans l’État d’Israël, nous sommes confrontés à un certain phénomène : les noms de famille de nombreux lignages ne sonnent ni de manière ashkénaze ni séfarade, mais semblent tirés du Tanakh. En réalité, il ne s’agit pas de noms de famille anciens ni séculaires, mais des plus contemporains parmi les noms de famille juifs existants. Ils sont apparus à la suite de l’idéologie qui dominait auparavant dans le sionisme, celle de la négation totale du « galout », de la renaissance de l’hébreu et de la figure même du Juif fier et libre, détaché des complexes de la période de la dispersion.

Le premier à avoir changé son nom de famille « du galout » pour un nom hébreu a été le « père de l’hébreu moderne » Eliezer Ben-Yehouda, qui portait auparavant le nom de famille Perelman. Vers les années vingt du XXe siècle, ce phénomène était déjà devenu massif parmi les sionistes installés en Palestine. Le nom de famille du lignage Glick était remplacé par Gil, Lubin — par Laviv, Levkovich — par Lavi, Schneider est devenu Sarid, Rabichev — Rabin, Persky — Peres, et Sheinerman — Sharon. Certains noms de famille n’avaient aucun lien avec les anciens noms de famille de leurs possesseurs et portaient une charge purement idéologique — Gilboa en l’honneur du mont Gilboa, Golan — d’après les hauteurs du Golan, Amishav — « mon peuple est revenu », Amihai — « mon peuple est vivant », etc. D’autres s’efforçaient de conserver au moins une ressemblance phonétique extérieure : Halperin — Har-El, Feldman — Peled, Berlin — Bar-Ilan, Broug — Barak. D’autres encore traduisaient leur ancien nom de famille en hébreu. C’est ainsi que sont apparus Har-Shoshanim (Rosenberg), Shoshani (Rosenblat), Gafni (Weiner), Vilnai (Vilensky) et ainsi de suite. C’est de cette manière que sont apparus les nouveaux lignages israéliens qui possèdent un lien étroit avec les anciens clans — malgré la dissemblance extérieure des noms de famille.

III. Étape finale de la recherche.

Cette étape suppose, en règle générale, un travail d’archives, c’est-à-dire la réalisation d’un recoupement des données obtenues avec les sources d’archives existantes et d’autres sources documentaires. On dessine le « portrait » social, professionnel et géographique des porteurs concrets de ce nom de famille et de leurs liens avec la famille étudiée.

À cette même étape, nous identifions les personnalités connues appartenant à cette famille et à ce lignage, leurs rôles dans l’histoire et leur place dans le tableau général de l’arbre familial. C’est ici également que l’on examine et évalue la tradition familiale d’origine (en particulier, la tradition consistant à rattacher ce lignage aux descendants du roi David ou à d’autres personnalités historiques connues, ou l’absence d’une telle tradition).

Conclusion

Ici, nous aimerions noter certaines particularités et certains avantages que procure la méthode de recherche que nous décrivons, et souligner tout particulièrement la nouveauté de toute une série d’approches fondamentales concernant le caractère et l’orientation des recherches. Par exemple, l’utilisation de cette méthodologie permet non seulement d’établir la signification (initiale) du nom de famille étudié, mais aussi las particularités de son apparition et de sa diffusion. Cela, compte tenu du contexte socio-historique, permet à son tour de se représenter de manière concrète les voies de la migration juive, d’établir des liens de parenté non seulement entre des familles isolées, mais aussi entre différentes communautés (allemandes et polonaises, allemandes et autrichiennes, polonaises et russes), ainsi qu’entre les deux macro-communautés juives — ashkénaze et séfarade. Le tableau obtenu présente de manière assez détaillée les relations des communautés juives avec les États dans lesquels ces communautés se trouvaient, et avec les peuples qui vivaient dans ces États. En outre, l’application de cette méthodologie donne la possibilité d’utiliser des éléments de l’histoire familiale dans des programmes éducatifs de masse.

En conclusion, il convient de mentionner que nous n’avons décrit dans cet article que les principes fondamentaux sur la base desquels l’institut « Am haZikaron » s’occupe de la recherche sur l’histoire des lignages juifs. L’étude même de l’histoire des lignages juifs nous paraît être un thème extrêmement important et actuel. De telles recherches donnent la possibilité non seulement de relier les Juifs contemporains à leurs ancêtres (et certaines recherches ont une profondeur de plus de 10 siècles), mais aussi de suivre certaines régularités dans las caractéristiques sociales, économiques et psychologiques des membres au sein des lignages étudiés.

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