
Le rythme de l’assimilation du judaïsme russophone dans les pays de la diaspora laisse un sentiment de perte irréversible. Souvent, on ne se souvient de ses racines juives qu’à des fins utilitaires, en se rattachant spirituellement à d’autres peuples. Il l’est possible que la question de la « découverte » et du développement de l’auto-identification juive pour la partie russophone de la diaspora se pose de manière plus aiguë que pour n’importe quelle autre communauté juive au monde. Ces Juifs ont été dépossédés de leur culture, de leur langue, de leurs traditions et de leurs liens, dont la restauration s’est avérée être une tâche véritablement impossible pour beaucoup. Il semble particulièrement efficace de développer l’auto-identification juive chez les jeunes qui, plus que quiconque, recherchent leur propre autodétermination. L’institut israélien Am HaZikaron propose d’aborder cette tâche par le biais de l’étude de l’histoire familiale et du rapprochement des adolescents avec leurs racines juives. En racontant aux adolescents l’histoire séculaire de leurs lignées juives, l’institut développe en eux la fierté de leur appartenance au peuple juif.
L’institut Am HaZikaron a été fondé en 1998 dans le but d’étudier scientifiquement les liens entre les générations de Juifs de différentes époques. Il reconstitue des arbres généalogiques juifs dont l’histoire connue remonte jusqu’à 900 ans. Les informations recueillies sur des milliers de membres d’une même lignée sont traitées de manière statistique. L’étude a démontré que les membres d’une même lignée juive conservent à travers les siècles leurs caractéristiques uniques, qui leur sont propres. Elles se concentrent dans 4 à 5 domaines d’activité. Certains clans migrent facilement, tandis que d’autres restent au même endroit le plus longtemps possible. Les uns sont enclins aux divorces, les autres connaissent un seul mariage stable pour toute la vie, et bien d’autres choses encore. Ainsi, il devient possible de parler d’une mission que la lignée et ses représentants accomplissent au sein du peuple juif. Les recherches d’Am HaZikaron sont soutenues par un comité spécialement créé composé de 55 lauréats du prix Nobel, et ont également reçu le prix de « l’Olivier de Jérusalem » pour leur contribution au patrimoine national.
L’activité scientifique est devenue le fondement des projets éducatifs de l’institut. Le dernier en date, récemment achevé, le projet « Connections », est dédié au travail avec les écoliers juifs russophones des anciennes républiques de l’URSS et d’Israël. Il a été mené avec le soutien des fondations Fooksman Family Foundation, Jewish Humanitarian Fund et Genesis Philanthropy Group. Le projet repose sur l’idée que l’étude de son propre arbre généalogique peut influencer l’émergence et le développement de l’auto-identification juive chez les adolescents d’aujourd’hui. Cet objectif a été largement atteint car, en se tournant vers l’histoire de leurs ancêtres lointains et de leurs proches parents, les jeunes ont pu se reconnaître en eux. Les destins de membres précis des familles des participants ne pouvaient laisser les adolescents indifférents. Comme l’histoire de nombreuses familles juives est souvent liée par un contexte historique, culturel et migratoire commun, les participants ont eu l’opportunité non seulement de découvrir leurs propres parents, mais aussi d’aller à la rencontre du patrimoine culturel juif dans son ensemble. Dans le cadre de « Connections », l’institut crée un réseau social pour adolescents où les participants sont unis non seulement par des intérêts communs, mais aussi par des racines juives communes. Au tout début du projet, de nombreux adolescents n’avaient aucune idée de l’origine de leur propre nom de famille juif, ni de l’histoire de leurs ancêtres. Il s’est avéré que la possibilité de le découvrir suscite un intérêt sincère chez les écoliers. « Connections » comprenait une série de rencontres éducatives en ligne avec un représentant de l’institut, ainsi qu’une recherche autonome menée par les participants sur leur histoire familiale. Lors de chaque rencontre, les adolescents découvraient des faits marquants de l’histoire de leur famille, le lieu où elle avait pris naissance, les endroits où vivaient leurs parents et ce qui constituait l’œuvre de leur vie.