{"id":6198,"date":"2025-05-22T11:22:41","date_gmt":"2025-05-22T11:22:41","guid":{"rendered":"https:\/\/amhazikaron.org\/dou-viennent-les-genies\/"},"modified":"2026-06-30T13:08:39","modified_gmt":"2026-06-30T13:08:39","slug":"dou-viennent-les-genies","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/amhazikaron.org\/fr\/dou-viennent-les-genies\/","title":{"rendered":"D&rsquo;o\u00f9 viennent les g\u00e9nies"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"6198\" class=\"elementor elementor-6198 elementor-2613\" data-elementor-post-type=\"page\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-de0e72d e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"de0e72d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a830479 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"a830479\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-e5011d2 elementor-widget elementor-widget-image\" data-id=\"e5011d2\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"image.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"440\" src=\"https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Kafka.jpg\" class=\"attachment-large size-large wp-image-10714\" alt=\"Franz Kafka\" srcset=\"https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Kafka.jpg 330w, https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Kafka-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-20baa0d e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"20baa0d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-863b4e8 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"863b4e8\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h6 style=\"text-align: center;\">Franz Kafka<\/h6>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-cfbe16d e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"cfbe16d\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d3092d3 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"d3092d3\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Le nom de Franz Kafka, un g\u00e9nie qui, selon nous, n&rsquo;est toujours pas appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, ne dit pas grand-chose \u00e0 la plupart des lecteurs peu exigeants.<\/p>\n<p>Son nom, pour l&rsquo;immense majorit\u00e9 de ceux qui l&rsquo;ont lu ou en ont seulement entendu parler, provoque un acc\u00e8s de m\u00e9lancolie, des associations avec quelque chose de sombre, d&rsquo;incompr\u00e9hensible, d&rsquo;illogique ou, dans le meilleur des cas, rappelle certaines profondeurs secr\u00e8tes du subconscient.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le nom de cet \u00e9crivain est incontestablement \u00e0 la mode, et aucun lecteur un tant soit peu respectueux de lui-m\u00eame ne saurait avouer qu&rsquo;il n&rsquo;a pas lu Franz Kafka, m\u00eame dans le cas o\u00f9, ayant tr\u00e9buch\u00e9 sur le premier r\u00e9cit, il aurait referm\u00e9 le livre de cet auteur surprenant pour toujours.<\/p>\n<p>Ce faisant, ou plut\u00f4t, malgr\u00e9 toute l&rsquo;attitude contradictoire du public lecteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de cet \u00e9crivain, nous pouvons sans aucun doute affirmer que Franz Kafka n&rsquo;est pas seulement un \u00e9crivain de g\u00e9nie, \u043d\u043e aussi, assur\u00e9ment, l&rsquo;un des proph\u00e8tes juifs uniques de ce qu&rsquo;on appelle les \u00ab temps nouveaux \u00bb. <\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;\u00e9crivain, il a op\u00e9r\u00e9 une r\u00e9volution absolue dans la pens\u00e9e et la litt\u00e9rature, mettant \u00e0 nu le fond de la conscience, \u0430 en tant que proph\u00e8te tragique (les Juifs ont-ils jamais eu des proph\u00e8tes optimistes ?) il nous a cri\u00e9 \u00e0 tous cette horreur des temps nouveaux europ\u00e9ens dont, comme de l&rsquo;une de ses r\u00e9alisations les plus impressionnantes, la civilisation europ\u00e9enne moderne est aujourd&rsquo;hui encore si fi\u00e8re. La catastrophe juive que les Europ\u00e9ens (ou plut\u00f4t les Allemands, avec le consentement tacite et la participation d&rsquo;autres peuples europ\u00e9ens) nous ont inflig\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait que le prolongement cauchemardesque et logique de cette horreur que Kafka criait.<\/p>\n<p>Alors, d&rsquo;o\u00f9 viennent les g\u00e9nies et d&rsquo;o\u00f9 est venu Franz Kafka ? Dans cette recherche, nous essaierons de nous appuyer sur les d\u00e9clarations et les travaux de ses biographes, en particulier d&rsquo;\u00e9minents auteurs tels que Claude David, Max Brod et Elias Canetti, de ses amis, de ses proches, de ses connaissances et des femmes qui l&rsquo;ont aim\u00e9.<\/p>\n<p>Franz lui-m\u00eame distinguait trop bien en lui deux lign\u00e9es familiales. Et la premi\u00e8re, c&rsquo;est incontestablement la branche Kafka, marqu\u00e9e, selon lui, par \u00ab la force, la sant\u00e9, un bon app\u00e9tit, une voix forte, le don de la parole, l&rsquo;autosatisfaction, un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 sur tous, la pers\u00e9v\u00e9rance, l&rsquo;esprit, la connaissance des hommes et une certaine noblesse \u00bb. Notons, entre parenth\u00e8ses, de quelles qualit\u00e9s fortes, positives, voire superlatives Franz lui-m\u00eame dote cette famille \u2014 alors m\u00eame que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment avec ces parents, et au premier chef avec son p\u00e8re Hermann Kafka, que ses relations \u00e9taient complexes, pour ne pas dire terribles. Ces parents n&rsquo;ont jamais pu le comprendre, ni lui les comprendre.  <\/p>\n<p>L&rsquo;autre branche est la lign\u00e9e maternelle de la famille L\u00f6wy, qu&rsquo;il dote de qualit\u00e9s quelque peu diff\u00e9rentes, outre cette m\u00eame \u00ab pers\u00e9v\u00e9rance \u00bb, carr\u00e9ment oppos\u00e9es : \u00ab la sensibilit\u00e9, le sens de la justice, l&rsquo;inqui\u00e9tude \u00bb. De plus, dans sa c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Lettre au p\u00e8re \u00bb \u2014 que \u00ab celui-ci, d&rsquo;ailleurs, ne lut jamais \u00bb, comme l&rsquo;\u00e9crit le biographe \u2014 il se proclame ouvertement, en y insistant m\u00eame, pr\u00e9cis\u00e9ment un L\u00f6wy, tout au plus \u00ab avec une certaine base Kafka \u00bb.<\/p>\n<p>Qui sont donc ces Kafka ? Et que signifie leur nom de famille lui-m\u00eame ? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces deux questions sont assez prosa\u00efques. Commen\u00e7ons par la derni\u00e8re. Comme le soulignent les chercheurs, \u00ab le nom de famille Kafka est manifestement tch\u00e8que par sa sonorit\u00e9 : Kafka signifie choucas, et le choucas servira par la suite d&#8217;embl\u00e8me \u00e0 leur maison de commerce. \u00bb Ce nom fut attribu\u00e9 \u00e0 la famille, tr\u00e8s probablement, sous Joseph II, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;apr\u00e8s son c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9cret de 1797, selon lequel \u00ab avant le 1er janvier 1798, tous les Juifs de l&rsquo;Empire austro-hongrois devaient adopter des noms de famille \u00bb, acqu\u00e9rant ainsi un statut civil. Le nom de famille provient, semble-t-il, du surnom du fondateur de cette lign\u00e9e. Pourquoi tel ou tel surnom est-il apparu ? Nous l&rsquo;ignorons. Peut-\u00eatre est-il n\u00e9 de l&rsquo;expression : \u00ab noir comme un choucas \u00bb.<\/p>\n<p>Franz d\u00e9testait son nom de famille, et particuli\u00e8rement ses deux \u00ab k \u00bb. Alors, qui \u00e9taient ces personnes affubl\u00e9es jadis d&rsquo;un surnom aussi in\u00e9l\u00e9gant que \u00ab Choucas \u00bb ? Voici ce que nous savons, d&rsquo;apr\u00e8s les recherches de David, sur ces personnes fortes, saines, dot\u00e9es d&rsquo;un app\u00e9tit excellent et d&rsquo;une voix puissante. \u00ab La lign\u00e9e des Kafka se distinguait par une taille de g\u00e9ant. On raconte que le grand-p\u00e8re, Jakob Kafka, boucher \u00e0 Wossek, pouvait soulever un sac de farine avec ses dents. Dans cette famille, tous \u00e9taient de grande taille, m\u00eame les s\u0153urs de Franz. Mais lui-m\u00eame avait honte de sa grande taille, \u00e0 cause de laquelle il se sentait non pas fort, \u043d\u043e ch\u00e9tif, maladroit et ridicule. Dans leur g\u00e9n\u00e9alogie, les Kafka ne remontent pas plus loin que le grand-p\u00e8re Jakob, celui-l\u00e0 m\u00eame qui dut attendre la r\u00e9volution de 1848 pour obtenir la possibilit\u00e9 de se marier et qui vivait dans le shtetl de Wossek.<\/p>\n<p>Wossek est un village du sud de la Boh\u00eame. Il est peupl\u00e9 de Tch\u00e8ques et de Juifs. La vie \u00e0 Wossek se distinguait par une extr\u00eame indigence. On a retrouv\u00e9 la maison natale de Hermann Kafka \u2014 une cabane couverte de chaume. Tous dormaient dans une m\u00eame pi\u00e8ce \u2014 Jakob Kafka, ses quatre fils et ses deux filles. Le p\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crivain a plus d&rsquo;une fois \u00e9voqu\u00e9 les ann\u00e9es difficiles de son enfance : la faim, quand les pommes de terre manquaient ; le froid, qui provoquait aux chevilles des plaies ouvertes ingu\u00e9rissables ; \u00e0 sept ans, Hermann Kafka \u00e9tait contraint d&rsquo;aller de village en village en poussant une petite voiture \u00e0 bras ; sa s\u0153ur Julie fut envoy\u00e9e dans une famille comme cuisini\u00e8re \u00bb. Comme Franz se souvenait des r\u00e9cits de son p\u00e8re : \u00ab il lui arrivait de faire des courses par les froids les plus vifs dans sa petite jupe tremp\u00e9e, la peau de ses jambes se ger\u00e7ait, sa petite jupe gelait et ne s\u00e9chait que le soir dans son lit \u00bb.<\/p>\n<p>Hermann Kafka reprochait d&rsquo;ailleurs \u00e0 ses enfants de ne pas conna\u00eetre ces souffrances : \u00ab Qui sait cela aujourd&rsquo;hui ! Que peuvent en savoir les enfants ! Personne n&rsquo;a autant souffert ! Comment un enfant d&rsquo;aujourd&rsquo;hui peut-il comprendre cela ? \u00bb En m\u00eame temps, ce m\u00eame biographe exprime un certain doute quant \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 absolue de ces r\u00e9cits, devenus chez les Kafka une l\u00e9gende familiale. \u00ab \u00c0 vrai dire, les photographies conserv\u00e9es, o\u00f9 sont repr\u00e9sent\u00e9s Jakob Kafka et son \u00e9pouse, v\u00eatus comme de v\u00e9ritables bourgeois et ayant l&rsquo;air de personnes fort prosp\u00e8res, laissent \u00e0 penser que cette mis\u00e8re extr\u00eame ne fut pas constante, ou que la m\u00e9moire s&rsquo;\u00e9moussait peu \u00e0 peu et mystifiait l\u00e9g\u00e8rement le pass\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Voici la br\u00e8ve biographie du p\u00e8re de Franz. Le pauvre Juif Hermann Kafka, apr\u00e8s avoir servi trois ans dans l&rsquo;arm\u00e9e imp\u00e9riale, arrive \u00e0 Prague en 1881 et \u00e9pouse un an plus tard Julie L\u00f6wy, \u00ab une jeune fille issue d&rsquo;une famille de riches drapiers provinciaux qui \u00e9taient en m\u00eame temps propri\u00e9taires d&rsquo;une brasserie \u00bb. \u00c9coutons le biographe : \u00ab Julie L\u00f6wy apporta incontestablement une dot fort substantielle, et il est difficile d&rsquo;imaginer que l&rsquo;on ait accept\u00e9 dans cette famille ais\u00e9e un quelconque petit commer\u00e7ant sans ressources \u00bb.<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, d\u00e8s cette m\u00eame ann\u00e9e 1881, Hermann ouvre un magasin de nouveaut\u00e9s sur la Zeltnergasse, et cette entreprise commence \u00e0 prosp\u00e9rer. Hermann s&rsquo;enrichit et transforme bient\u00f4t le petit magasin en une grande maison de gros, qui s&rsquo;installe d\u00e9sormais \u00ab au rez-de-chauss\u00e9e du magnifique palais Kinsky, sur la Grande Place de la Vieille Ville \u00bb. Hermann \u00ab s&rsquo;est enrichi \u00bb, \u00ab a r\u00e9ussi \u00bb, \u00ab a atteint son but \u00bb and, en tout cas, a devanc\u00e9 tous ses fr\u00e8res et s\u0153urs. Ou plut\u00f4t, on ne sait rien des s\u0153urs, Anna et Julie, comme si elles avaient sombr\u00e9 dans l&rsquo;oubli, \u043d\u043e les fr\u00e8res&#8230;<\/p>\n<p>Le sort de ces derniers a \u00e9t\u00e9 retrac\u00e9 de mani\u00e8re assez d\u00e9taill\u00e9e. Ludwig travailla d&rsquo;abord dans le magasin de Hermann, puis devint un petit agent d&rsquo;assurances et n&rsquo;accomplit apparemment rien de plus dans sa vie. Heinrich mourut jeune, sa fille Irma, \u00e0 la sant\u00e9 fragile et au mari malheureux, travailla longtemps dans ce m\u00eame magasin pour son oncle Hermann. Franz Kafka se souvenait que m\u00eame lors de ses fun\u00e9railles, son p\u00e8re ne trouva pas un mot gentil pour elle. La seule chose que Hermann laissa \u00e9chapper fut : \u00ab La pauvre Irma m&rsquo;a l\u00e9gu\u00e9 une belle cochonnerie \u00bb.<\/p>\n<p>Le dernier fr\u00e8re de Hermann, Philipp, avait une petite affaire dans une bourgade tch\u00e8que de second ordre. L&rsquo;un des fils de Philipp meurt tout jeune en 1901. Ses trois autres fils et deux des fils de Heinrich \u00e9migrent. Quatre d&rsquo;entre eux aux \u00c9tats-Unis, un au Paraguay.<\/p>\n<p>Seul un cousin de Franz, Robert, le cinqui\u00e8me fils de Philipp, devient \u00ab chanceux \u00bb selon les crit\u00e8res de la famille Kafka. Il devient un avocat assez populaire et suscite l&rsquo;admiration de Franz : \u00ab Mon cousin est un homme admirable. Quand ce Robert, \u00e2g\u00e9 d&rsquo;environ quarante ans, arrivait le soir \u00e0 la piscine Sophie \u2014 il ne pouvait pas venir plus t\u00f4t, il \u00e9tait avocat, un homme tr\u00e8s occup\u00e9, plut\u00f4t par le travail que par les plaisirs \u2014, quand il arrivait le soir apr\u00e8s chez heures, il enlevait ses v\u00eatements en quelques mouvements rapides, se jetait \u00e0 l&rsquo;eau et nageait avec la puissance d&rsquo;une belle b\u00eate sauvage, tout ruisselant d&rsquo;eau, les yeux \u00e9tincelants, et s&rsquo;\u00e9loignait aussit\u00f4t vers le barrage, il \u00e9tait magnifique \u00bb. Dans le \u00ab brillant \u00bb Robert, Franz admire toutes les qualit\u00e9s qui lui font d\u00e9faut \u00e0 lui-m\u00eame. En se souvenant de Robert, il ajoute pourtant : \u00ab Et six mois plus tard, il \u00e9tait mort, martyris\u00e9 pour rien par les m\u00e9decins \u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, de la lign\u00e9e des Kafka est issu un autre homme encore plus chanceux que Robert. Comme l&rsquo;\u00e9crit Claude David, \u00ab ce Bruno Kafka, dont le nom ne fut d&rsquo;ailleurs jamais mentionn\u00e9 ni dans le \u00ab Journal \u00bb de l&rsquo;\u00e9crivain, ni dans sa correspondance, \u00e9tait le fils d&rsquo;un des fr\u00e8res du grand-p\u00e8re Jakob. Il avait pratiquement le m\u00eame \u00e2ge que l&rsquo;\u00e9crivain, \u043d\u043e sa carri\u00e8re se d\u00e9roula tout autrement. Fils d&rsquo;avocat, il se convertit au christianisme, devint professeur de droit, doyen de facult\u00e9, puis recteur de l&rsquo;universit\u00e9. Apr\u00e8s la guerre, Bruno Kafka fut d\u00e9put\u00e9 au Parlement, r\u00e9dacteur en chef de \u00ab Bohemia \u00bb, l&rsquo;un des grands journaux de Prague, and, sans une mort pr\u00e9matur\u00e9e, il aurait selon toute vraisemblance jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l&rsquo;histoire de la Tch\u00e9coslovaquie. Max Brod, qui le d\u00e9testait, rapporte qu&rsquo;il avait une certaine ressemblance physique avec son cousin Franz : \u201cDes cheveux noirs comme le jais, des yeux \u00e9tincelants, la m\u00eame audace sur le visage \u2014 m\u00eame les mouvements indiquent la noblesse d&rsquo;une personnalit\u00e9 exceptionnelle. Seulement, chez Franz, tout \u00e9tait plus digne et plus doux, tandis que chez Bruno, cela frisait la caricature, avec une tendance \u00e0 l&rsquo;escroquerie de g\u00e9nie, \u00e0 la violence et m\u00eame au sadisme\u201d. C&rsquo;est du moins ainsi qu&rsquo;il apparaissait \u00e0 Max Brod, qui s&rsquo;entendait souvent mal avec Bruno. Tels \u00e9taient ces Kafka, dont Franz enviait l&rsquo;\u00e9nergie, \u043d\u043e auxquels il ne voulait pas appartenir \u00bb.<\/p>\n<p>La famille L\u00f6wy, \u00e0 laquelle appartenait la m\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crivain, \u00e9tait, du point de vue du sens des affaires, encore plus \u00ab prosp\u00e8re \u00bb que les Kafka. Elles se ressemblaient d&rsquo;ailleurs par certains c\u00f4t\u00e9s. Les deux familles \u00e9taient compos\u00e9es de Juifs assimil\u00e9s, toutes deux \u00ab \u00e9taient issues du milieu des boutiquiers provinciaux \u00bb.<\/p>\n<p>Mais les L\u00f6wy se distinguaient n\u00e9anmoins des laborieux Kafka. Dans l&rsquo;atmosph\u00e8re de la famille L\u00f6wy, il y avait tout de m\u00eame un certain souffle, du jeu, un \u00e9cart, bien que minime, dans ce rigide pragmatisme de boutiquier, une sorte d&rsquo;\u00ab impression d&rsquo;instabilit\u00e9 \u00bb, quelque chose qui ne se laissait pas programmer.<\/p>\n<p>Par exemple, il cy avait parmi eux beaucoup de c\u00e9libataires, ce qui \u00e9tait extr\u00eamement atypique pour de telles familles. En fait, de tous les cinq fr\u00e8res et demi-fr\u00e8res de la m\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crivain, Julie (son p\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait remari\u00e9 peu apr\u00e8s la mort de sa jeune \u00e9pouse), deux seulement fond\u00e8rent une famille. L&rsquo;un des fr\u00e8res, Alfred, parti en Espagne et devenu directeur des chemins de fer \u00e0 Madrid, \u00e9tait, comme l&rsquo;indique le biographe, une \u00ab c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 familiale \u00bb. \u00ab C&rsquo;est apparemment lui qui, dans \u00ab Le Proc\u00e8s \u00bb, servit de mod\u00e8le pour l&rsquo;\u201concle de province\u201d, pompeux, autoritaire, dont les entreprises se soldent pourtant pour la plupart par des \u00e9checs. Kafka ne nourrissait aucune animosit\u00e9 envers lui, il s&rsquo;entendait beaucoup mieux avec son oncle qu&rsquo;avec ses parents. Et surtout, Alfred L\u00f6wy \u00e9tait pour lui le symbole du c\u00e9libataire. \u00bb<\/p>\n<p>Un autre fr\u00e8re de sa m\u00e8re et l&rsquo;oncle pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Franz \u2014 Siegfried L\u00f6wy, chez qui il se rend souvent en vacances \u00e0 Trieste, choisit une profession bien \u00e9trange pour la famille : m\u00e9decin de campagne. Lui aussi reste c\u00e9libataire and, vivant au fond des campagnes, contemple la nature et le silence. Franz note dans son journal qu&rsquo;il a \u00ab un esprit d&rsquo;une finesse inhumaine, un esprit de c\u00e9libataire, un esprit d&rsquo;oiseau qui semble vouloir s&rsquo;\u00e9chapper d&rsquo;un gosier trop \u00e9troit. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il vit \u00e0 la campagne, profond\u00e9ment enracin\u00e9, heureux, comme on l&rsquo;est lorsqu&rsquo;un l\u00e9ger d\u00e9lire, pris pour la m\u00e9lodie de la vie, rend un homme heureux \u00bb.<\/p>\n<p>Un autre oncle de Franz, Joseph, agit de mani\u00e8re non moins, and m\u00eame plut\u00f4t plus extravagante : il part au bout du monde, dans le Congo exotique, y \u00e9pouse une Fran\u00e7aise et s&rsquo;installe \u00e0 Paris. Quant \u00e0 un autre fr\u00e8re de sa m\u00e8re, Richard L\u00f6wy, les biographes n&rsquo;ont rien \u00e0 en dire, si ce n&rsquo;est qu&rsquo;il \u00ab \u00e9tait un petit commer\u00e7ant obscur \u00bb.<\/p>\n<p>Le dernier fr\u00e8re de Julie Kafka, Rudolf, reste lui aussi c\u00e9libataire toute sa vie. Rudolf est consid\u00e9r\u00e9 dans la famille comme un \u00ab rat\u00e9 \u00bb, un \u00ab original \u00bb, un \u00ab homme ridicule \u00bb, ou, comme l&rsquo;\u00e9crit Franz, \u00ab incompr\u00e9hensible, trop aimable, trop modeste, solitaire et pourtant bavard \u00bb. Il se convertit au christianisme, ce qui en soi \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 inexplicable, vit toute sa vie avec son p\u00e8re avec lequel il est en conflit, and, malgr\u00e9 tout cela, ne sert que comme \u00ab simple comptable dans une brasserie \u00bb. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;un de ses anc\u00eatres et de ceux de Franz, Joseph, fils du trisa\u00efeul de l&rsquo;\u00e9crivain, avait lui aussi reni\u00e9 la foi de ses p\u00e8res, s&rsquo;attirant l&rsquo;attitude correspondante dans la famille. Quant \u00e0 Rudolf, on peut dire qu&rsquo;il \u00e9tait la fable de la famille. Lorsque le petit Franz faisait quelque chose qui semblait \u00e0 son p\u00e8re une b\u00eatise impensable, Hermann Kafka avait coutume de s&rsquo;exclamer : \u00ab Tout le portrait de Rudolf ! \u00bb Cette comparaison devint apparemment si courante dans la famille que Franz lui-m\u00eame finit par y croire en partie. En tout cas, en 1922, apr\u00e8s la mort de Rudolf, il note dans son journal : \u00ab La ressemblance avec l&rsquo;oncle R. est frappante, et plus encore : tous deux silencieux (moi moins), tous deux d\u00e9pendants des parents (moi plus), en conflit avec le p\u00e8re, aim\u00e9s par la m\u00e8re&#8230;, tous deux timides, ultra-modestes (lui plus), tous deux consid\u00e9r\u00e9s comme des hommes nobles et bons, ce qui est tout \u00e0 fait faux me concernant and, pour autant que je sache, peu conforme \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 le concernant&#8230;, tous deux d&rsquo;abord hypocondriaques, puis r\u00e9ellement malades, tous deux, bien que fain\u00e9ants, le monde les entretient plut\u00f4t bien (lui, en tant que moindre fain\u00e9ant, est beaucoup moins bien entretenu, pour autant qu&rsquo;on puisse comparer), tous deux fonctionnaires (lui meilleur), tous deux ayant la vie la plus monotone, tous deux ne se d\u00e9veloppant pas, restant jeunes jusqu&rsquo;au bout, \u2014 ou plut\u00f4t que le mot \u201cjeunes\u201d, le mot \u201cconserv\u00e9s\u201d \u2014, tous deux proches de la folie, lui, \u00e9loign\u00e9 des Juifs, avec un courage inou\u00ef, un d\u00e9sespoir inou\u00ef (qui permet de juger \u00e0 quel point la menace de la folie \u00e9tait grande), a trouv\u00e9 son salut dans l&rsquo;\u00c9glise, jusqu&rsquo;au bout&#8230; Il est faux aussi de dire qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas bon, je n&rsquo;ai jamais remarqu\u00e9 chez lui la moindre trace d&rsquo;avarice, d&rsquo;envie, de haine, de cupidit\u00e9 ; quant \u00e0 aider lui-m\u00eame les autres, il \u00e9tait trop faible pour cela. Il \u00e9tait infiniment plus innocent que moi, on ne peut m\u00eame pas comparer. Dans les d\u00e9tails, il \u00e9tait une caricature de moi, \u043d\u043e dans l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est moi qui suis une caricature de lui \u00bb. C&rsquo;est ainsi que Franz, comme l&rsquo;\u00e9crit Claude David, cherchait \u00e0 se reconna\u00eetre en Rudolf, dans son destin qui, semblait-il alors \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain, lui \u00e9tait \u00e9galement r\u00e9serv\u00e9 par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des L\u00f6wy.<\/p>\n<p>Connaissant d\u00e9sormais le destin de cet homme de g\u00e9nie, nous pouvons comprendre \u00e0 quel point ses illusions sur lui-m\u00eame \u00e9taient grandes. Mais Franz \u00e9tait presque s\u00fbr \u2014 il lui semblait pressentir sa propre folie \u2014, il se souvenait du fr\u00e8re de sa grand-m\u00e8re Esther du c\u00f4t\u00e9 maternel, dont il ne savait en v\u00e9rit\u00e9 rien, si ce n&rsquo;est qu&rsquo;on l&rsquo;appelait toujours \u00ab l&rsquo;oncle cingl\u00e9 Nathan \u00bb. <\/p>\n<p>Franz soup\u00e7onnait avec obstination sa propre folie, alors que le monde autour de lui \u00e9tait depuis longtemps devenu fou. Il n&rsquo;est pas exclu que son sentiment de trag\u00e9die personnelle f\u00fbt si fort pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;un des rares proph\u00e8tes \u00e0 avoir conscience de toute la d\u00e9mence environnante tout en s&rsquo;accusant de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de se conformer \u00e0 cette folie. Il \u00e9tait semblable \u00e0 un funambule dansant sur un fil une danse \u00e9trange et impensable, un funambule non par choix, \u043d\u043e par contrainte. Au-del\u00e0 du fil c\u00e9l\u00e9brait la folie \u2014 une d\u00e9mence ordinaire, habituelle, g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Alors, comment un proph\u00e8te a-t-il pu surgir dans une famille de boutiquiers, de commer\u00e7ants et de tenanciers de brasseries \u00e0 pr\u00e8s de cent pour cent ? Dans la g\u00e9n\u00e9alogie de Franz Kafka, il y avait une autre lign\u00e9e familiale encore, envelopp\u00e9e de l\u00e9gendes presque sacr\u00e9es, dans laquelle, comme l&rsquo;\u00e9crit Claude David, \u00ab les traces d&rsquo;une spiritualit\u00e9 sont perceptibles \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la lign\u00e9e des Porias. Porias est le nom de famille de la grand-m\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crivain. Franz lui-m\u00eame savait tr\u00e8s peu de choses sur cette branche familiale, principalement des traditions familiales qui, avec le recul des ann\u00e9es, semblaient presque l\u00e9gendaires. Dans son journal, il note, d&rsquo;apr\u00e8s les dires de quelqu&rsquo;un, le r\u00e9cit sur son trisa\u00efeul Joseph Porias, qui vivait au XVIIIe si\u00e8cle : \u00ab c&rsquo;\u00e9tait un homme extr\u00eamement instruit, tout aussi respect\u00e9 par les chr\u00e9tiens que par les Juifs. Lors d&rsquo;un incendie, gr\u00e2ce \u00e0 sa pi\u00e9t\u00e9, un miracle se produisit : le feu ne toucha pas sa maison, et elle resta intacte, alors que toutes les maisons br\u00fbl\u00e8rent alentour \u00bb.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;indique le biographe, \u00ab la m\u00e8re de Kafka connaissait en revanche Adam Porias, son grand-p\u00e8re, fils de Joseph, car elle avait six ans lorsqu&rsquo;il mourut. Il \u00e9tait rabbin, pratiquant \u00e9galement le rite de la circoncision (c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il \u00e9tait aussi mohel), et de surcro\u00eet drapier. Elle parlait de lui comme d&rsquo;un homme \u201ctr\u00e8s pieux et tr\u00e8s instruit, avec une longue barbe blanche\u201d. Elle se souvenait comment, lorsqu&rsquo;il mourut, elle dut \u201ctenir les doigts du d\u00e9funt et lui demander pardon pour tous les p\u00e9ch\u00e9s qu&rsquo;elle aurait pu commettre \u00e0 son \u00e9gard\u201d. Elle n&rsquo;avait pas oubli\u00e9 que ce grand-p\u00e8re pratiquait scrupuleusement les bains prescrits par le canon religieux : \u201cIl se baignait tous les jours dans la rivi\u00e8re, m\u00eame en hiver. Pour cela, il devait creuser \u00e0 la hache un trou dans la glace\u201d. Que savait encore l&rsquo;\u00e9crivain de la famille Porias ? Peu de choses. Par exemple, que Sarah, l&rsquo;\u00e9pouse de son bisa\u00efeul Adam Porias, ne put surmonter la mort de sa fille, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e du typhus \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt-huit ans, and qu&rsquo;elle se jeta dans l&rsquo;Elbe. Voil\u00e0 proprement tout ou presque tout, mis \u00e0 part l&rsquo;atmosph\u00e8re de l\u00e9gendes, de ce qu&rsquo;on savait de la lign\u00e9e des Porias.<\/p>\n<p>Nous avons entrepris notre propre \u00e9tude sur cette lign\u00e9e et voici quelles informations suppl\u00e9mentaires nous sont apparues. Pa(o)rias est un nom de famille d&rsquo;origine espagnole ou portugaise. La migration de cette branche familiale passa par l&rsquo;Italie vers la Boh\u00eame et la R\u00e9publique tch\u00e8que, qui finirent par int\u00e9grer l&rsquo;Empire austro-hongrois. L&rsquo;un des chercheurs de la lign\u00e9e des Porges r\u00e9alisa une expertise phon\u00e9tico-linguistique de l&rsquo;orthographe et de la prononciation du nom de famille Parias dans diff\u00e9rents pays d&rsquo;Europe. En italien, ce nom s&rsquo;\u00e9crit Parjas ou Parges, ce qui se pronon\u00e7ait Parias.<\/p>\n<p>Lorsque la famille s&rsquo;installa dans les pays germaniques et slaves, l&rsquo;orthographe du nom et sa prononciation commenc\u00e8rent \u00e0 diverger. Les branches de la famille dont les nouveaux documents \u00e9taient transcrits \u00e0 partir des anciens documents italiens conserv\u00e8rent l&rsquo;orthographe correcte, \u043d\u043e perdirent la prononciation originale et devinrent par cons\u00e9quent des Parges et des Porges. En revanche, les familles dont les documents \u00e9taient \u00e9tablis sur la base d&rsquo;informations orales commenc\u00e8rent \u00e0 inscrire le nom selon les r\u00e8gles de la phon\u00e9tique locale, c&rsquo;est-\u00e0-dire Porias et Parias. Ainsi, d&rsquo;une seule lign\u00e9e Parjas (Parges) naquirent deux nouveaux noms de famille, Parges et Parias, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 un seul et m\u00eame nom de lign\u00e9e.<\/p>\n<p>En nous consacrant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de cette lign\u00e9e, nous avons enfin pu r\u00e9pondre \u00e0 notre question principale : d&rsquo;o\u00f9 est apparu Franz Kafka, cet \u00e9crivain et proph\u00e8te unique. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que la famille Parias (Parges) a donn\u00e9 au monde de nombreux c\u00e9l\u00e8bres rabbins, talmudistes, et plus tard, au XXe si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, des \u00e9crivains et des acteurs de la culture. En voici quelques-uns :<\/p>\n<p>Moshe, fils d&rsquo;Isra\u00ebl Naftali Hirsch Porges, est n\u00e9 en 1600 \u00e0 Prague et est mort en 1670 \u00e0 J\u00e9rusalem. Il fut rabbin \u00e0 Prague, puis \u00e9missaire de la communaut\u00e9 ashk\u00e9naze \u00e0 J\u00e9rusalem. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il re\u00e7ut le surnom de Prager. La communaut\u00e9 juive de la Terre promise \u00e9tait soutenue en ces ann\u00e9es-l\u00e0 par les g\u00e9n\u00e9reux dons des Juifs polonais. Durant les ann\u00e9es des pogroms de Khmelnitski en Ukraine et en Pologne, la situation \u00e9conomique de la communaut\u00e9 ashk\u00e9naze d&rsquo;Eretz Isra\u00ebl se d\u00e9t\u00e9riora brutalement. Il fut d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;envoyer Moshe en Europe pour collecter des dons. Lors de l&rsquo;accomplissement de la mission qui lui avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e, en 1650, Moshe \u00e9crivit un petit ouvrage illustr\u00e9 sur la via des Juifs en Isra\u00ebl \u2014 \u00ab Les Voies de Sion \u00bb. Cet ouvrage ne fut publi\u00e9 qu&rsquo;une seule fois, \u043d\u043e il conquit le c\u0153ur des Juifs europ\u00e9ens, qui r\u00e9pondirent g\u00e9n\u00e9reusement au talent de l&rsquo;\u00e9crivain \u2014 la mission fut accomplie et les probl\u00e8mes \u00e9conomiques r\u00e9solus.<\/p>\n<p>Aaron, fils de Benjamin Porges (Poryes), est n\u00e9 \u00e0 Prague en 1650. En tant que rabbin de Prague, il \u00e9crivit le c\u00e9l\u00e8bre ouvrage \u00ab La M\u00e9moire d&rsquo;Aaron \u00bb sur les anciens rites juifs concernant la mort et les d\u00e9funts.<\/p>\n<p>Joseph, fils de Juda Leib Porges, auteur c\u00e9l\u00e8bre qui \u00e9crivait en h\u00e9breu au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, le dramaturge Karl Porges, le peintre Ignaz Joseph Porges, le rabbin and bibliographe Nathan Porges, le compositeur Heinrich Porges et sa fille \u2014 l&rsquo;\u00e9crivaine, dramaturge et actrice Elsa Bernstein, ont cr\u00e9\u00e9 en Europe.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, cette lign\u00e9e a donn\u00e9 au monde Franz Kafka.<\/p>\n<p>La lign\u00e9e des Porias, comme beaucoup d&rsquo;autres familles juives europ\u00e9ennes, a jet\u00e9 ses branches par-del\u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique. L\u00e0-bas, aux \u00c9tats-Unis, Friedrich Porges fut \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;Hollywood, les fr\u00e8res Arthur and Irwin Porges ont cr\u00e9\u00e9, et le plus c\u00e9l\u00e8bre danseur de son temps, Fred Astaire, qui \u00e9tait lui aussi un descendant de cette c\u00e9l\u00e8bre famille, a conquis les c\u0153urs par sa danse.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Franz Kafka Le nom de Franz Kafka, un g\u00e9nie qui, selon nous, n&rsquo;est toujours pas appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, ne dit pas grand-chose \u00e0 la plupart des lecteurs peu exigeants. 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