{"id":6196,"date":"2025-05-22T11:45:26","date_gmt":"2025-05-22T11:45:26","guid":{"rendered":"https:\/\/amhazikaron.org\/barons-juifs\/"},"modified":"2026-06-30T13:08:38","modified_gmt":"2026-06-30T13:08:38","slug":"barons-juifs","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/amhazikaron.org\/fr\/barons-juifs\/","title":{"rendered":"Les barons juifs"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"6196\" class=\"elementor elementor-6196 elementor-2647\" data-elementor-post-type=\"page\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-44a59c0 e-con-full e-flex e-con e-parent\" data-id=\"44a59c0\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a27be91 e-con-full e-flex e-con e-child\" data-id=\"a27be91\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d9c8807 elementor-widget elementor-widget-image\" data-id=\"d9c8807\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"image.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"405\" height=\"608\" src=\"https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/\u0413\u0438\u043d\u0446\u0431\u0443\u0440\u0433.webp\" class=\"attachment-large size-large wp-image-5245\" alt=\"Horace Ginzburg\" srcset=\"https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/\u0413\u0438\u043d\u0446\u0431\u0443\u0440\u0433.webp 405w, https:\/\/amhazikaron.org\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/\u0413\u0438\u043d\u0446\u0431\u0443\u0440\u0433-200x300.webp 200w\" sizes=\"(max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1f4deec elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1f4deec\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h6 style=\"text-align: center;\">Horace G\u00fcnzburg<\/h6>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b485b0e elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b485b0e\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Ainsi, cette histoire commence avec un certain Iehiel de la ville portugaise de Porto. Cette ville principale de la province d&rsquo;Entre Douro e Minho \u00e9tait connue au XVe si\u00e8cle pour sa grande communaut\u00e9 juive. Le 4 d\u00e9cembre 1496, le roi \u00e9mit un d\u00e9cret ordonnant \u00e0 tous les Juifs de quitter le Portugal sous peine de mort. Le d\u00e9cret disait qu&rsquo;\u00ab aucun chr\u00e9tien, sous peine de confiscation de tous ses biens, ne doit cacher chez lui un Juif apr\u00e8s l&rsquo;expiration du d\u00e9lai fix\u00e9 et qu&rsquo;aucun futur dirigeant, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, ne doit permettre aux Juifs de s&rsquo;installer dans le royaume\u2026 Tous les enfants juifs, de l&rsquo;\u00e2ge de quatre ans \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, doivent \u00eatre enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents and convertis \u00e0 la foi chr\u00e9tienne \u00bb. Environ 20000 personnes furent rassembl\u00e9es dans la capitale ; \u00ab tout comme des moutons, on les chassa dans un vaste palais. L\u00e0, il fut annonc\u00e9 aux Juifs que d\u00e9sormais ils \u00e9taient les esclaves du roi, qui disposerait d&rsquo;eux \u00e0 sa convenance \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment de ce pays que fuit Iehiel. On ignore comment, mais il r\u00e9ussit \u00e0 atteindre avec sa famille la ville bavaroise d&rsquo;Ulm tout au sud de l&rsquo;Allemagne. \u00c0 l&rsquo;origine, cet endroit s&rsquo;appelait \u00ab Hulma \u00bb. Les Romains l&rsquo;avaient construit comme un avant-poste avanc\u00e9 pour leurs l\u00e9gions. C&rsquo;est alors, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des Romains, que naquit la premi\u00e8re communaut\u00e9 juive dans la ville. Comme le rapportent les encyclop\u00e9distes, on connaissait m\u00eame en son temps une lettre re\u00e7ue par la communaut\u00e9 juive d&rsquo;Ulm en provenance de J\u00e9rusalem \u00e0 la fin du premier si\u00e8cle de notre \u00e8re. Une s\u00e9rie de pierres tombales portant des inscriptions h\u00e9bra\u00efques remontant \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e 1246 a m\u00eame \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e. En 1281, une synagogue \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 b\u00e2tie \u00e0 Ulm.<\/p>\n<p>Les Juifs \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme la propri\u00e9t\u00e9 de la couronne royale. Aux XIIe\u2013XIIIe si\u00e8cles, toutes les routes commerciales vers le sud and l&rsquo;est passaient par Ulm. La ville devint un centre de commerce and un point de transit, ce qui ne manqua pas de se faire sentir sur son d\u00e9veloppement. Assur\u00e9ment, les Juifs y jouaient un grand r\u00f4le en qualit\u00e9 de marchands, d&rsquo;artisans, de traducteurs and de n\u00e9gociants internationaux.<\/p>\n<p>En 1348, pendant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de peste qui faisait alors fureur en Europe, appel\u00e9e la \u00ab Peste noire \u00bb, la foule des chr\u00e9tiens, accusant les Juifs d&#8217;empoisonner les puits, organisa un pogrom \u00e0 Ulm. Le magistrat and le repr\u00e9sentant local du pouvoir royal, tenus de prot\u00e9ger le \u00ab bien royal \u00bb, que l&rsquo;on consid\u00e9rait alors \u00eatre les Juifs, se justifiaient en disant que \u00ab toutes les mesures prises par eux s&rsquo;\u00e9taient av\u00e9r\u00e9es impuissantes pour apaiser la foule \u00bb. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on contraignit les Juifs d&rsquo;Ulm \u00e0 payer des imp\u00f4ts particuliers au magistrat pour assurer leur s\u00e9curit\u00e9. Au fond, c&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable racket.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;\u00e9crit le professeur Pressel \u2014 quelque temps plus tard, une yeshiva s&rsquo;ouvrit dans la ville, devenant par la suite fort populaire dans les environs. S&rsquo;ouvrirent \u00e9galement un bain juif, un h\u00f4pital and un local sp\u00e9cial pour les mariages ainsi que les bals. (Il est int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard que le local pour les bals soit mentionn\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration \u2014 cela ne fait que confirmer une fois de plus que nous ne nous repr\u00e9sentons pas toujours correctement la vie des Juifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale). En 1383, le roi Wenceslas, ayant besoin d&rsquo;argent, ordonna aux Juifs de la ville de verser au Tr\u00e9sor la dixi\u00e8me partie de leur fortune. Deux ans plus tard, le magistrat d&rsquo;Ulm conclut un pacte avec le roi \u2014 il prit au roi pour 40 mille florins \u00e0 ferme les imp\u00f4ts des Juifs de la ville. Ainsi, les Juifs tomb\u00e8rent sous l&rsquo;autorit\u00e9 non seulement du roi, mais aussi de l&rsquo;administration locale. Profitant de cela, le magistrat d\u00e9clara que toutes les dettes dues aux Juifs devaient \u00eatre vers\u00e9es \u00e0 la caisse de la ville. Apr\u00e8s quoi, le magistrat commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9truire les obligations de dettes d\u00e9livr\u00e9es aux Juifs.<\/p>\n<p>En 1425, des dispositions furent adopt\u00e9es interdisant aux Juifs d&rsquo;Ulm d&rsquo;avoir des domestiques chr\u00e9tiens, de sortir dans les rues pendant les grandes f\u00eates, and aux chr\u00e9tiens, \u00e0 leur tour, il \u00e9tait interdit d&rsquo;avoir recours aux services de m\u00e9decins juifs. Encore trois ans plus tard, contre les Juifs de Ravensbourg, ville proche d&rsquo;Ulm, les chr\u00e9tiens soulev\u00e8rent une accusation de meurtre rituel. Elle se termina par le b\u00fbcher pour plusieurs Juifs and l&rsquo;expulsion de tous les Juifs de Ravensbourg. Et enfin, en 1499, apr\u00e8s de longues demandes, le roi Maximilien Ier lib\u00e9ra la ville de la protection des Juifs. Apr\u00e8s quoi, le magistrat \u00e9mit imm\u00e9diatement un d\u00e9cret portant expulsion de tous les Juifs d&rsquo;Ulm. Les Juifs sont expuls\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 and la ville, selon l&rsquo;affirmation des chr\u00e9tiens allemands de l&rsquo;\u00e9poque, \u00ab devient enfin libre de Juifs \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette \u00e9poque que la famille de Iehiel and de son fils Eliezer Avraham, qui re\u00e7ut par la suite le surnom puis le nom de famille d&rsquo;Ulma-G\u00fcnzburg, fut contrainte de fuir Ulm, tout comme elle avait fui auparavant la Porto portugaise.<\/p>\n<p>C&rsquo;est seulement apr\u00e8s 200 ans que quelques Juifs r\u00e9ussiront \u00e0 revenir and \u00e0 s&rsquo;installer de nouveau \u00e0 Ulm, en versant pour une telle autorisation de grandes sommes d&rsquo;argent au magistrat. Mais m\u00eame au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, seuls 613 Juifs y r\u00e9sidaient. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette ville si inhospitali\u00e8re pour les Juifs que naquit, le 14 mars 1879, dans la famille du propri\u00e9taire d&rsquo;un petit magasin, le grand Albert Einstein.<\/p>\n<p>En terminant l&rsquo;histoire juive de cette ville, il convient de remarquer qu&rsquo;elle pr\u00e9sente un exemple classique presque typique de l&rsquo;existence des Juifs dans les villes europ\u00e9ennes depuis le haut Moyen \u00c2ge jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;histoire moderne. Tr\u00e8s souvent, les Juifs \u00e9taient les premiers, aux c\u00f4t\u00e9s des Romains, \u00e0 mettre en valeur ces contr\u00e9es alors encore absolument sauvages and barbares, les avant-postes se transformaient lentement en forteresses and en villes, and progressivement les autochtones commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;y installer aussi. Les Juifs, en raison de leur \u00e9nergie, de leur instruction, de leurs relations commerciales, de leur connaissance des langues and de leurs aptitudes commerciales, contribuaient \u00e0 l&rsquo;essor financier de la ville, apr\u00e8s quoi suivait g\u00e9n\u00e9ralement une restriction de leurs droits en tant que non-chr\u00e9tiens, des accusations de tous les p\u00e9ch\u00e9s capitaux \u2014 des accusations de crime rituel jusqu&rsquo;\u00e0 la sorcellerie and la peste, avec la confiscation obligatoire de tous les capitaux and biens ; suivaient ensuite g\u00e9n\u00e9ralement des s\u00e9ries de pogroms, puis leur expulsion de la ville.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, les accusations infinies contre les Juifs selon lesquelles ils contaminaient intentionnellement les chr\u00e9tiens avec la peste reposaient au Moyen \u00c2ge sur une observation assez simple \u2014 les Juifs eux-m\u00eames souffraient en effet dans une proportion bien moindre de cette maladie alors mortelle que les peuples europ\u00e9ens qui les entouraient. Mais cela se produisait non pas en raison de causes mystiques, mais parce que les Juifs du Moyen \u00c2ge \u00e9taient le seul peuple qui respect\u00e2t de mani\u00e8re rigide les r\u00e8gles d&rsquo;hygi\u00e8ne religieuses and rituelles, tandis que la population locale non seulement ne s&rsquo;y conformait pas, mais les consid\u00e9rait comme \u00ab sauvages and sataniques \u00bb.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, chaque fois les Juifs cherchaient \u00e0 revenir dans les villes d&rsquo;o\u00f9 on les avait expuls\u00e9s (Ulm ne constitue sous ce rapport aucun cas d&rsquo;exception) non pas en raison d&rsquo;une nostalgie lancinante ou d&rsquo;un amour pour la population locale, mais en raison de la situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;hommes priv\u00e9s de patrie, traqu\u00e9s \u00e0 travers toute l&rsquo;Europe, sans droits and sans d\u00e9fense (les Juifs n&rsquo;avaient pas le droit de porter d&rsquo;armes). L&rsquo;histoire d\u00e9crite plus haut and se d\u00e9veloppant selon le sch\u00e9ma allant du premier \u00e9tablissement and de l&rsquo;essor financier jusqu&rsquo;\u00e0 la restriction des droits, aux pogroms, \u00e0 l&rsquo;expulsion and au retour, se r\u00e9p\u00e9tait pratiquement dans chaque ville europ\u00e9enne avec la pr\u00e9cision d&rsquo;une horloge, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Apr\u00e8s une \u00e9ni\u00e8me expulsion, les Juifs tentaient de trouver un nouveau lieu de r\u00e9sidence \u2014 quant \u00e0 ceux qui n&rsquo;y r\u00e9ussissaient pas, ils s&rsquo;effor\u00e7aient par tous les moyens de rebrousser chemin.<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 nos h\u00e9ros. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment, Iehiel, aux c\u00f4t\u00e9s de son fils Eliezer Avraham, fut contraint de fuir Ulm. Leur famille eut de la chance \u2014 ils atteignirent la ville la plus proche \u2014 la G\u00fcnzburg souabe, and purent s&rsquo;y installer.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, on conna\u00eet un incident presque juridique de la vie des Juifs de G\u00fcnzburg qui se produisit peu apr\u00e8s. H\u00e9las, les discordes and les tracasseries secouaient tellement la communaut\u00e9 locale que les Juifs s&rsquo;adress\u00e8rent \u00e0 l&#8217;empereur Maximilien II avec une p\u00e9tition assez inhabituelle. Ils demandaient de reconna\u00eetre officiellement comme rabbin Isaac ha-Levi qui, \u00e0 vrai dire, occupait d\u00e9j\u00e0 ce poste de fait depuis 30 ans. Mais, selon la conviction profonde des Juifs locaux, comme le t\u00e9moignent les encyclop\u00e9distes, \u00ab le rabbin ne pouvait apaiser les discordes surgies \u00e0 cette \u00e9poque entre les membres de la communaut\u00e9 tant qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas officiellement confirm\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette \u00e9poque que s&rsquo;\u00e9leva au sein de la communaut\u00e9 l&rsquo;influent and riche Chimon ben Eliezer G\u00fcnzburg. Chimon, fils de ce m\u00eame Eliezer Avraham qui avait \u00e9t\u00e9 contraint de quitter l&rsquo;inhospitali\u00e8re Ulm. Chimon, qui partagea le surnom de son p\u00e8re \u2014 Ulma-G\u00fcnzburg, naquit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 G\u00fcnzburg en 1506. Il \u00e9tait non seulement talmudiste and homme public, mais poss\u00e9dait aussi des talents commerciaux \u00e9vidents. Le cercle de ses int\u00e9r\u00eats commerciaux \u00e9tait extr\u00eamement large, il r\u00e9alisait des transactions dans de nombreuses principaut\u00e9s d&rsquo;Allemagne, sans parler du fait que pour des affaires commerciales il parcourut toute la Pologne. \u00c0 G\u00fcnzburg, il construisit une synagogue and ouvrit un cimeti\u00e8re. On peut sans doute affirmer hardiment que Chimon ben Eliezer \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque l&rsquo;habitant le plus illustre de la communaut\u00e9 juive de cette ville. Dans la seconde moiti\u00e9 de sa vie, Chimon s&rsquo;installa \u00e0 Burgau, o\u00f9 il fit \u00e9galement beaucoup pour la communaut\u00e9 de l\u00e0-bas. Il mourut \u00e0 Burgau en 1585. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment Chimon ben Eliezer G\u00fcnzburg qui est l&rsquo;anc\u00eatre direct de la plupart des G\u00fcnzburg contemporains, y compris des c\u00e9l\u00e8bres barons russes G\u00fcnzburg.<\/p>\n<p>Le fils de Chimon \u2014 Acher Aaron Lemel Ulma-G\u00fcnzburg v\u00e9cut jusqu&rsquo;au XVIIe si\u00e8cle and mourut en 1606 dans l&rsquo;une des principaut\u00e9s allemandes. Le fils d&rsquo;Acher \u2014 Yaakov Ulma-G\u00fcnzburg \u00e9tait rabbin and ma\u00eetre du c\u00e9l\u00e8bre rav Lipman Heller. Yaakov ne surv\u00e9cut \u00e0 son p\u00e8re que de dix ans and mourut en 1616. Il engendra lui aussi un fils, le nommant en l&rsquo;honneur de son c\u00e9l\u00e8bre grand-p\u00e8re \u2014 Chimon (Scholtes). Isaac (Eisik), fils de Chimon, naquit \u00e0 Worms, o\u00f9 il se maria (les traditions familiales nous ont conserv\u00e9 le nom de son \u00e9pouse \u2014 Golda). Bient\u00f4t, la famille s&rsquo;installa en Pologne. Ils v\u00e9curent \u00e0 Vilna and \u00e0 Pinsk. Des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de cette famille devinrent des rabbins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<p>Naftali Hertz, descendant de Chimon de G\u00fcnzburg, fut le premier de cette famille apr\u00e8s une interruption de deux cents ans \u00e0 marcher sur les traces de son anc\u00eatre and \u00e0 commencer \u00e0 s&rsquo;occuper d&rsquo;activit\u00e9 commerciale. Et son fils \u2014 le rabbin de Vitebsk Gabriel Yaakov, devint le p\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre baron juif Iossif Iossel (Evzel) G\u00fcnzburg. C&rsquo;est par lui and sa famille que nous allons commencer notre r\u00e9cit ult\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Ainsi, se pr\u00e9sente \u00e0 nous l&rsquo;une des familles juives les plus connues de la Russie de l&rsquo;\u00e9poque \u2013 la famille du baron G\u00fcnzburg. Les membres de cette famille poss\u00e9daient non seulement ce que les contemporains consid\u00e9raient comme une \u00ab richesse fabuleuse \u00bb, mais \u00e9taient aussi, comme on l&rsquo;\u00e9crit aujourd&rsquo;hui dans la presse russe, des figures \u00ab cultes \u00bb pour la \u00e9crasante majorit\u00e9 des Juifs de l&rsquo;Empire russe. Et en effet, leur immense fortune financi\u00e8re, leurs relations avec la cour tsariste and avec le capital bancaire international, ainsi qu&rsquo;une bienfaisance and un m\u00e9c\u00e9nat extr\u00eamement g\u00e9n\u00e9reux faisaient l&rsquo;objet de toutes les conversations and cr\u00e9aient un terrain favorable \u00e0 l&rsquo;apparition de toutes sortes de l\u00e9gendes and d&rsquo;anecdotes historiques.<\/p>\n<p> L&rsquo;une de ces anecdotes ironiques and tristes sur la relativit\u00e9 de l&rsquo;existence juive m\u00eame la plus prosp\u00e8re en Russie est rapport\u00e9e par le chercheur V. Chtylveld dans son article sur cette famille. \u00ab Le baron G\u00fcnzburg, m\u00e9c\u00e8ne connu qui fit construire la synagogue \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, roulait un jour en carrosse avec Nicolas II. Un paysan qui passait par l\u00e0 ne put retenir son \u00e9tonnement : voil\u00e0, se dit-il, un Juif qui roule avec le tsar. On attrapa le paysan and on voulut le conduire au violon \u2014 pour injure au baron. But G\u00fcnzburg demanda de ne pas punir l&rsquo;homme du peuple and lui offrit m\u00eame un louis d&rsquo;or. Pourquoi ? Pour ne pas avoir laiss\u00e9 le baron oublier qu&rsquo;il \u00e9tait juif \u00bb.<\/p>\n<p>Cette anecdote historique est assez significative pour la Russie de l&rsquo;\u00e9poque, bien que, tr\u00e8s probablement, pour la Russie (qui ne constitue pas sous ce rapport une sorte d&rsquo;exception odieuse) elle soit significative pour tous les temps and sous n&rsquo;importe quel pouvoir. Le capital financier juif a toujours (de la Russie tsariste \u00e0 la Russie contemporaine) \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par la \u00e9crasante majorit\u00e9 de la population comme \u00ab vol\u00e9 \u00bb, \u00ab oligarchique \u00bb ou, dans une version adoucie, \u00ab mal acquis \u00bb and, en tout cas, selon la conviction de la majorit\u00e9 du peuple, \u00e9tait utilis\u00e9 principalement pour le \u00ab kahal juif \u00bb, le \u00ab complot mondial \u00bb ou \u00ab dans le but de d\u00e9pouiller davantage le peuple russe \u00bb. Cette opinion r\u00e9pandue and colport\u00e9e n&rsquo;a pratiquement pas subi de changements au cours des deux derniers si\u00e8cles and demi, c&rsquo;est-\u00e0-dire depuis que les financiers juifs ou, comme on s&rsquo;exprime \u00e0 pr\u00e9sent en Russie, les \u00ab oligarques \u00bb se sont manifest\u00e9s sur le territoire de la Russie.<\/p>\n<p>Sous ce rapport, malgr\u00e9 les nombreux cataclysmes historiques, les r\u00e9volutions and les changements cardinaux de formations sociales enti\u00e8res, le rapport de la majorit\u00e9 du peuple russe envers les capitalistes juifs, sur lequel se superposait un antis\u00e9mitisme traditionnel, n&rsquo;a pas subi de changements substantiels. En m\u00eame temps, l&rsquo;opinion sur les multimillionnaires ou, comme beaucoup les appelaient de mani\u00e8re semi-m\u00e9prisante, les \u00ab nouveaux riches \u00bb au sein m\u00eame de la communaut\u00e9 juive n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 unanime non plus. La partie pauvre de la jud\u00e9it\u00e9 les idol\u00e2trait principalement, \u00e9tait fi\u00e8re d&rsquo;eux and comptait sur leur soutien, ce qui n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs pas sans fondement, car beaucoup de ceux qui s&rsquo;\u00e9taient enrichis s&rsquo;effor\u00e7aient par tous les moyens de soutenir financi\u00e8rement leur communaut\u00e9. Quant \u00e0 l&rsquo;intelligentsia juive, tout en rendant hommage \u00e0 leurs talents commerciaux, elle n&rsquo;\u00e9tait pas encline \u00e0 les idol\u00e2trer, mais les traitait au contraire avec une grande part d&rsquo;animosit\u00e9, condamnant and n&rsquo;acceptant absolument pas leur \u00ab adoration du veau d&rsquo;or \u00bb.<\/p>\n<p>Il convient de citer un extrait d&rsquo;un article d&rsquo;A. Lokchine consacr\u00e9 \u00e0 cette question : \u00ab L&rsquo;intelligentsia juive p\u00e9tersbourgeoise nouvellement n\u00e9e \u00e9tait souvent fort critiquement dispos\u00e9e envers ses coreligionnaires riches. Ils l&rsquo;irritaient ne f\u00fbt-ce que par leur aspiration flagrante \u00e0 se distancier de leurs coreligionnaires pauvres\u2026 Si l&rsquo;essor soudain de l&rsquo;\u00e9lite juive p\u00e9tersbourgeoise \u00e9tait une \u00e9nigme pour les Juifs de la zone de R\u00e9sidence, pour les non-Juifs il se pr\u00e9sentait en plus comme quelque chose de mena\u00e7ant. Si les non-Juifs \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 expliquer tout succ\u00e8s juif par le concours du kahal, alors (le h\u00e9ros du roman de Levanda, un certain nouveau riche juif) insistait sur les causes de l&rsquo;influence commerciale juive : \u00ab\u00a0\u2026Nous l&#8217;emportons uniquement and exclusivement par notre temp\u00e9rament, notre asc\u00e9tisme and notre activit\u00e9 intensive and infatigable&#8230; Alors que les hommes d&rsquo;affaires d&rsquo;autres nationalit\u00e9s sont avant tout des hommes ordinaires avec des passions and des d\u00e9sirs humains, des \u00e9picuriens qui se passionnent and se laissent distraire des affaires qui par la musique, qui par la peinture, qui par les femmes, les chevaux, les chiens, la chasse, le sport, les jeux de cartes, nous, hommes d&rsquo;affaires juifs, ne nous laissons distraire ni amuser par rien qui n&rsquo;ait un rapport direct avec l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb. Dans le d\u00e9nouement de ce roman de L. Levanda, le personnage principal, en r\u00e9fl\u00e9chissant aux particularit\u00e9s de l&rsquo;assimilation juive, en trace les limites : \u00ab\u00a0\u2026Nous serons russes, mais pour nous resteront toujours \u00e9trang\u00e8res la paresse russe, l&rsquo;insouciance russe, la d\u00e9bauche, l&rsquo;impassibilit\u00e9 and ce que l&rsquo;on appelle la large nature russe\u00a0\u00bb \u00bb.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, en examinant les plus grands financiers juifs de la Russie du XIXe si\u00e8cle and de la Russie des \u00e9poques des XXe\u2013XXIe si\u00e8cles, il surgit assur\u00e9ment chez le chercheur une foule d&rsquo;associations and d&rsquo;analogies. Dans l&rsquo;une comme dans l&rsquo;autre \u00e9poque, nous observons la m\u00eame explosion capitaliste effr\u00e9n\u00e9e, la m\u00eame fi\u00e8vre, les m\u00eames ambitions, les m\u00eames aspirations. Seuls les d\u00e9cors and le temps ont chang\u00e9, and l&rsquo;action elle-m\u00eame s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e de l&rsquo;ancienne capitale de l&rsquo;\u00c9tat russe Saint-P\u00e9tersbourg vers l&rsquo;actuelle capitale de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie \u2014 Moscou. Permettons-nous encore une longue citation tir\u00e9e de l&rsquo;article \u00ab Une fen\u00eatre sur la Russie : les Juifs \u00e0 P\u00e9tersbourg \u00bb d&rsquo;A. Lokchine. \u00ab Dans aucune autre communaut\u00e9 juive de Russie il n&rsquo;y avait d&rsquo;hommes si inou\u00efement riches and prosp\u00e8res. P\u00e9tersbourg devint en peu de temps le lieu qu&rsquo;\u00e9lit la ploutocratie russo-juive ; beaucoup de ses repr\u00e9sentants jouaient le r\u00f4le principal dans les domaines naissants de l&rsquo;activit\u00e9 bancaire priv\u00e9e, des sp\u00e9culations \u00e0 la bourse and de la construction ferroviaire. Polina Vengerova, juive, habitante de la capitale and auteur de c\u00e9l\u00e8bres m\u00e9moires \u00ab\u00a0Souvenirs d&rsquo;une grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb, n&rsquo;exag\u00e9rait probablement pas trop lorsqu&rsquo;elle \u00e9crivait au sujet de l&rsquo;\u00e9poque des ann\u00e9es 60-70 du XIXe si\u00e8cle : \u00ab\u00a0Jamais auparavant les Juifs \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg n&rsquo;avaient men\u00e9 une vie si prosp\u00e8re, puisque les finances de la capitale se trouvaient en partie entre leurs mains\u00a0\u00bb. Dans l&rsquo;un des journaux juifs de P\u00e9tersbourg, les ann\u00e9es 1860 furent qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0d\u00e9cennie fi\u00e9vreuse de l&rsquo;entreprise priv\u00e9e\u00a0\u00bb. Selon les paroles d&rsquo;un Juif, ancien employ\u00e9 de banque, \u00ab\u00a0chez les expatri\u00e9s de la zone de R\u00e9sidence s&rsquo;op\u00e9rait une m\u00e9tamorphose totale : le fermier g\u00e9n\u00e9ral se transformait en banquier, l&rsquo;entrepreneur \u2014 en homme d&rsquo;affaires de haute vol\u00e9e, and leurs employ\u00e9s \u2013 en dandys de la capitale. De nombreux corbeaux se par\u00e8rent de plumes de paon ; les parvenus de Balta and de Konotop se consid\u00e9raient apr\u00e8s peu de temps comme des &lsquo;aristocrates&rsquo; and se moquaient des &lsquo;provinciaux'\u00a0\u00bb. Ce t\u00e9moignage sarcastique consigne avec pr\u00e9cision le r\u00f4le changeant de l&rsquo;\u00e9lite financi\u00e8re juive pendant la p\u00e9riode du d\u00e9veloppement imp\u00e9tueux du capitalisme en Russie. Les financiers juifs, du moins ceux qui vivaient \u00e0 P\u00e9tersbourg, amassaient leurs fortunes d\u00e9j\u00e0 principalement dans le domaine de l&rsquo;entreprise d&rsquo;\u00c9tat and entretenaient des liens \u00e9troits avec les fonctionnaires du gouvernement.<\/p>\n<p>La maison bancaire G\u00fcnzburg en est le plus \u00e9clatant exemple. Grands fermiers g\u00e9n\u00e9raux des spiritueux, fournisseurs de vivres and d&rsquo;habillement pour l&rsquo;arm\u00e9e russe pendant la guerre de Crim\u00e9e, Evzel G\u00fcnzburg and son fils Horace fond\u00e8rent en 1859 leur propre banque \u00e0 P\u00e9tersbourg ; par la suite, ils accordaient \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;immenses pr\u00eats pour de nombreux besoins du gouvernement, y compris les besoins li\u00e9s \u00e0 la guerre russo-turque de 1877-1878. Les fr\u00e8res Polyakov (Samouil, Yakov, Lazar) financ\u00e8rent la construction de chemins de fer and furent en cons\u00e9quence introduits par Alexandre II dans la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire, ce qui \u00e9tait d&rsquo;une grande raret\u00e9 pour les Juifs. En 1871, Avraham Zak, qui servait auparavant chez les G\u00fcnzburg, devint directeur de la Banque d&rsquo;escompte and de pr\u00eats de P\u00e9tersbourg, l&rsquo;une des plus grandes de l&#8217;empire. Quant au propri\u00e9taire de la banque, c&rsquo;\u00e9tait le magnat polono-juif L\u00e9opold Kronenberg. \u00c0 cette liste peuvent \u00eatre ajout\u00e9s beaucoup d&rsquo;autres&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, qui sont ces c\u00e9l\u00e8bres \u00ab banquiers and d\u00e9fenseurs des Juifs \u00bb, les barons G\u00fcnzburg, mentionn\u00e9s dans presque chaque article sur le th\u00e8me juif concernant la Russie du XIXe si\u00e8cle and qui s&rsquo;illustr\u00e8rent en leur temps dans toute l&rsquo;Europe ?<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par le d\u00e9but. En 1812, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le petit Iossif Iossel (dans la prononciation russe \u2014 Evzel ou Ossip) G\u00fcnzburg vint au monde dans la ville de Vitebsk dans la famille du rabbin Gabriel Yaakov G\u00fcnzburg and de son \u00e9pouse Lea Rachkis, personne ne pouvait encore supposer que ce nourrisson \u00e9tait destin\u00e9 par le sort \u00e0 jouer un r\u00f4le si \u00e9minent dans l&rsquo;histoire des Juifs de l&rsquo;\u00c9tat russe. Comme le lecteur s&rsquo;en souvient, c&rsquo;\u00e9tait une \u00e9poque troubl\u00e9e \u2014 c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment alors que Napol\u00e9on menait sa c\u00e9l\u00e8bre campagne de Russie, qui commen\u00e7a si heureusement and se termina peu apr\u00e8s par une d\u00e9faite si tragique. Comme l&rsquo;indique l&rsquo;encyclop\u00e9die Brockhaus and Efron, dans son enfance Iossel re\u00e7ut une \u00e9ducation juive traditionnelle and personne ne r\u00e9ussit alors \u00e0 remarquer chez lui d&rsquo;aptitudes sortant tout \u00e0 fait de l&rsquo;ordinaire.<\/p>\n<p>\u00c0 16 ans (ce qui \u00e9tait normal alors), il \u00e9pousa Rassa (dans la prononciation russe \u2014 Rose) Dynina. Il n&rsquo;\u00e9mit pas le choix de la voie spirituelle, ne devint pas rabbin comme son p\u00e8re, mais pr\u00e9f\u00e8re un destin tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. Il commen\u00e7a sa carri\u00e8re de jeunesse de mani\u00e8re assez modeste and assez traditionnelle pour l&rsquo;\u00e9poque \u2013 il s&rsquo;installa (gr\u00e2ce aux relations de son p\u00e8re) comme caissier chez un grand propri\u00e9taire terrien qui s&rsquo;occupait de fermes g\u00e9n\u00e9rales. La ferme g\u00e9n\u00e9rale, comme l&rsquo;\u00e9crivent les encyclop\u00e9dies \u2014 c&rsquo;est \u00ab un droit exclusif, conc\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;\u00c9tat pour une somme d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 des personnes priv\u00e9es (les fermiers g\u00e9n\u00e9raux), pour la perception d&rsquo;imp\u00f4ts quelconques ou la vente de certains types de marchandises (sel, vin, etc.) \u00bb. De nombreux chercheurs pensent que le capitalisme en Russie commen\u00e7a \u00e0 vrai dire avec les fermes g\u00e9n\u00e9rales, ou plut\u00f4t avec les fermiers g\u00e9n\u00e9raux, qui furent les premiers \u00e0 d\u00e9couvrir pour eux-m\u00eames ce \u00ab Klondike \u00bb des affaires de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il faut remarquer que Iossel, outre de nombreuses autres qualit\u00e9s n\u00e9cessaires pour s&rsquo;occuper avec succ\u00e8s de commerce, poss\u00e9dait encore une qualit\u00e9, sans doute l&rsquo;une des plus pr\u00e9cieuses dans ce domaine \u2013 une intuition unique, ce qui le distinguait fortement de nombreux commer\u00e7ants d\u00e9butants. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette qualit\u00e9 qui lui permettra \u00e0 l&rsquo;avenir de devenir l&rsquo;un des hommes les plus riches de ce pays. Il comprit tr\u00e8s vite, par exemple, que les fermes g\u00e9n\u00e9rales \u2014 c&rsquo;est un domaine d&rsquo;activit\u00e9 porteur d&rsquo;un immense potentiel financier. Et bient\u00f4t il s&rsquo;occupa de fermes g\u00e9n\u00e9rales de mani\u00e8re autonome \u2014 and ce avec un tel succ\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 28 ans, il devint non seulement le possesseur d&rsquo;un capital solide, mais s&rsquo;illustra aussi comme l&rsquo;un des meilleurs fermiers g\u00e9n\u00e9raux. Il poss\u00e9dait des fermes g\u00e9n\u00e9rales dans plusieurs des plus grands gouvernements russes \u2014 dans ceux de Kiev and de Volhynie. Ainsi, ayant gagn\u00e9 un capital honn\u00eate, il re\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 vers 1833 le titre de marchand de la 1re guilde de Vitebsk.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il s&rsquo;effor\u00e7ait de passer le plus de temps possible \u00e0 P\u00e9tersbourg. Le chercheur V. Chtylveld \u00e9crit : \u00ab Plus t\u00f4t que d&rsquo;autres, il comprit l&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 de la capitalisation de la Russie, l&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9volution men\u00e9e d&rsquo;en haut, par le monarque lui-m\u00eame. Il ne fut pas le seul, bien s\u00fbr, \u00e0 prendre conscience de l&rsquo;utilit\u00e9 pour les hommes d&rsquo;affaires des relations avec les milieux politiques, \u2013 mais il fut pour ainsi dire le premier \u00e0 comprendre qu&rsquo;il fallait miser non pas sur les bureaucrates de haut rang, mais sur les milieux lib\u00e9raux de la cour, inscrits sous Nicolas dans la disgr\u00e2ce. C&rsquo;est pourquoi le jeune G\u00fcnzburg se d\u00e9p\u00eacha de nouer des relations d&rsquo;affaires and financi\u00e8res avec le prince Alexandre de Hesse, fr\u00e8re de l&rsquo;\u00e9pouse de l&rsquo;h\u00e9ritier du tr\u00f4ne and g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;arm\u00e9e russe. Lorsque Alexandre II monta sur le tr\u00f4ne, ses grandes r\u00e9formes furent en grande partie inspir\u00e9es par l&rsquo;\u00e9pouse du tsar, Marie de Hesse, and le favori de son fr\u00e8re, Evzel G\u00fcnzburg, tomba imm\u00e9diatement dans le cercle de ces hommes d&rsquo;affaires qui, comme on dit aujourd&rsquo;hui, commenc\u00e8rent \u00e0 cr\u00e9er l&rsquo;infrastructure de la nouvelle \u00e9conomie \u00bb.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une telle activit\u00e9 financi\u00e8re tr\u00e9pidante, il ne pouvait assur\u00e9ment pas se passer d&rsquo;intrigues infinies des concurrents, de jalousie, voire tout simplement de d\u00e9nonciations. L&rsquo;historien O. Budnitski rapporte l&rsquo;un des exemples d&rsquo;une situation semblable. \u00ab Son (\u00e0 G\u00fcnzburg) enrichissement rapide suscita contre lui une d\u00e9nonciation qui parvint jusqu&rsquo;\u00e0 l&#8217;empereur lui-m\u00eame. Le d\u00e9nonciateur anonyme affirmait que G\u00fcnzburg avait gagn\u00e9 sur les fermes g\u00e9n\u00e9rales environ 8 millions de roubles en argent. \u00ab\u00a0Depuis le jour de l&rsquo;existence de la Russie, \u2014 \u00e9crivait le &lsquo;patriote&rsquo; pr\u00e9occup\u00e9, \u2014 il n&rsquo;y a pas eu de Juif qui e\u00fbt une fortune d&rsquo;un million de roubles\u00a0\u00bb. Cependant, les temps \u00e9taient lib\u00e9raux and r\u00e9formateurs. Alexandre II &lsquo;\u00e9crivit&rsquo; sur la d\u00e9nonciation : \u00ab\u00a0Laisser sans suite\u00a0\u00bb. Les relations d&rsquo;Evzel \u00e0 la cour \u00e9taient trop fortes \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, outre de fortes relations avec le palais, Evzel se distinguait aussi par une autre qualit\u00e9, qui \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre toujours propre aux nouveaux riches. Cette qualit\u00e9, si banale ou au contraire paradoxale qu&rsquo;elle p\u00fbt para\u00eetre dans le monde des affaires \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, ou comme on aimait s&rsquo;exprimer alors \u2014 la \u00ab fiabilit\u00e9 \u00bb. En effet, le principe fondamental de l&rsquo;activit\u00e9 commerciale d&rsquo;Evzel en Russie, and bient\u00f4t en Europe, \u00e9tait une devise pas du tout ordinaire pour la Russie de l&rsquo;\u00e9poque (and d&rsquo;ailleurs, sans doute pas seulement pour elle seule) \u2014 la \u00ab probit\u00e9 \u00bb. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas simplement une devise : la parole de G\u00fcnzburg dans les milieux commerciaux de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait \u00e9quivalente \u00e0 une lettre de change d\u00e9livr\u00e9e. Beaucoup de ses contemporains l&rsquo;ont \u00e9crit. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette qualit\u00e9 ou ce principe qui lui revint par la suite au centuple and lui permit de cr\u00e9er l&rsquo;un des empires financiers les plus prosp\u00e8res de l&rsquo;Empire russe.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;indique O. Budnitski \u00ab Pour les services rendus au gouvernement, la citoyennet\u00e9 d&rsquo;honneur h\u00e9r\u00e9ditaire fut octroy\u00e9e en 1849 \u00e0 Evzel G\u00fcnzburg, ainsi qu&rsquo;\u00e0 son \u00e9pouse and \u00e0 ses enfants, sur l&rsquo;initiative du ministre des Finances F. P. Vrontchenko. Pendant la guerre de Crim\u00e9e, Evzel G\u00fcnzburg tenait la ferme g\u00e9n\u00e9rale des spiritueux dans la S\u00e9bastopol assi\u00e9g\u00e9e. Selon les paroles du mandataire de G\u00fcnzburg, il quitta la ville &lsquo;l&rsquo;un des derniers, presque en m\u00eame temps que le commandant de la garnison&rsquo; \u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1850, Iossel, and d\u00e9sormais d\u00e9finitivement \u2014 Evzel G\u00fcnzburg, devient un marchand de la premi\u00e8re guilde de P\u00e9tersbourg, and en 1874 on lui conf\u00e8re le titre de conseiller de commerce. En m\u00eame temps, son intuition surprenante non seulement ne le trompe pas, mais devient au contraire encore plus aigu\u00eb. Comme l&rsquo;indique ce m\u00eame Chtylveld \u2014 \u00ab Plus t\u00f4t que d&rsquo;autres capitalistes de l&rsquo;\u00e9poque de Nicolas, notre personnage comprit la condamnation historique du m\u00e9tier de fermier g\u00e9n\u00e9ral \u00bb. En 1863, deux ans apr\u00e8s l&rsquo;abolition du serfage, les fermes g\u00e9n\u00e9rales seront d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale abolies en Russie and de nombreux domaines d&rsquo;activit\u00e9 dont s&rsquo;occupaient les fermiers g\u00e9n\u00e9raux reviendront \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils seront tout simplement monopolis\u00e9s par lui. Un nombre immense de marchands enrichis sur les fermes g\u00e9n\u00e9rales comme sur de la levure se ruinera imm\u00e9diatement (and parmi eux beaucoup de Juifs). Quatre ans avant cet \u00e9v\u00e9nement, en 1859, Evzel G\u00fcnzburg change assez radicalement l&rsquo;orientation de son activit\u00e9 financi\u00e8re \u2014 il cr\u00e9e \u00e0 P\u00e9tersbourg une maison bancaire qui devient bient\u00f4t l&rsquo;une des principales banques de la capitale.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;indiquent Brockhaus and Efron, Evzel G\u00fcnzburg devient \u00e0 cette \u00e9poque non seulement l&rsquo;un des meilleurs financiers de P\u00e9tersbourg, mais de toute la Russie. Il manifeste une activit\u00e9 fantastique pour le d\u00e9veloppement de ce que l&rsquo;on appelle les \u00ab \u00e9tablissements de cr\u00e9dit \u00bb, ou pour parler simplement des banques : il devient l&rsquo;un des fondateurs de la premi\u00e8re banque priv\u00e9e en Russie, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la Banque commerciale priv\u00e9e de Kiev. \u00c0 cela succ\u00e9dera l&rsquo;\u00e9tablissement de la Banque d&rsquo;escompte d&rsquo;Odessa, puis \u2014 de la Banque d&rsquo;escompte and de pr\u00eats de P\u00e9tersbourg. Par l&rsquo;interm\u00e9diaire de sa maison bancaire \u00e0 P\u00e9tersbourg s&rsquo;\u00e9tablissaient des liens fiables entre les \u00e9tablissements financiers d&rsquo;Europe occidentale and de Russie. Ses banques, au sens plein de ces mots, pouvaient \u00eatre qualifi\u00e9es de \u00ab fen\u00eatres financi\u00e8res sur l&rsquo;Europe \u00bb. De plus, la maison bancaire G\u00fcnzburg prit la participation la plus active au financement grandiose des entreprises ferroviaires (qui surgissaient alors avec une rapidit\u00e9 extraordinaire and, selon l&rsquo;expression des contemporains, \u00ab poussaient tout simplement sous les yeux, comme des champignons apr\u00e8s la pluie \u00bb).<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, toute sa vie Evzel G\u00fcnzburg entretint des liens avec le prince Alexandre de Hesse. Celui-ci conf\u00e9ra \u00e0 Evzel le titre de baron, titre dont \u00ab avec la tr\u00e8s haute approbation \u00bb (and pour accepter le titre d&rsquo;une noblesse m\u00eame \u00e9trang\u00e8re, il fallait obtenir l&rsquo;autorisation du tsar russe), il lui fut permis de faire usage en Russie de mani\u00e8re h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, si l&rsquo;on se plonge dans la litt\u00e9rature historique and de m\u00e9moires de l&rsquo;\u00e9poque, chaque mention d&rsquo;Evzel G\u00fcnzburg, tout comme de ses fils, que l&rsquo;on rencontre dans l&rsquo;histoire juive and russe, est toujours li\u00e9e non seulement \u00e0 ses titres, grades, d\u00e9corations and aux sommes astronomiques de sa fortune, mais plut\u00f4t and en premier lieu \u00e0 sa c\u00e9l\u00e8bre activit\u00e9 de bienfaisance, ainsi qu&rsquo;\u00e0 son r\u00f4le de \u00ab bienfaiteur and d\u00e9fenseur de la jud\u00e9it\u00e9 russe \u00bb. Et, malgr\u00e9 le fait que Evzel lui-m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 son empire financier atteignit une immense envergure, pr\u00e9f\u00e9r\u00e2t r\u00e9sider non pas du tout en Russie mais \u00e0 Paris, pourtant, comme l&rsquo;\u00e9crit G. Sliozberg qui lui \u00e9tait proche, \u00ab chacun de ses s\u00e9jours \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg s&rsquo;accompagnait de p\u00e9titions quelconques concernant les droits des Juifs \u00bb.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;\u00e9crit un autre chercheur de l&rsquo;histoire de la famille G\u00fcnzburg, V. Chtylveld, notamment \u00ab on sait que sur le monument \u00e0 Bogdan Khmelnitski \u00e0 Kiev devaient \u00eatre grav\u00e9s les mots de Chevtchenko : &lsquo;Que vive l&rsquo;Ukraine sans le Juif and sans le noble&rsquo;. Et sous les sabots du cheval se projetait la figure d&rsquo;un Juif recroquevill\u00e9. Le baron G\u00fcnzburg, pour une somme honn\u00eate, obtint la modification du projet \u00bb. \u00ab Apr\u00e8s la guerre de Crim\u00e9e, &#8211; continue Sliozberg, \u2014 \u00e0 partir de 1858, G\u00fcnzburg intervient avec des demandes pressantes concernant l&rsquo;octroi aux Juifs-marchands du droit de r\u00e9sidence permanente hors de la zone de R\u00e9sidence. \u00c0 cette \u00e9poque, ses p\u00e9titions pour les Juifs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 devenues habituelles : il \u00e9tait devenu comme le &lsquo;repr\u00e9sentant officiel pour les Juifs dans la capitale&rsquo;. Gr\u00e2ce \u00e0 ses d\u00e9marches intenses, le projet de loi concernant l&rsquo;octroi aux marchands du droit de r\u00e9sidence universelle re\u00e7ut sa r\u00e9alisation dans la loi du 15 mars 1859. Comme le rapporte Budnitski : \u00ab\u00a0En ao\u00fbt 1862, Evzel G\u00fcnzburg remit au pr\u00e9sident du Comit\u00e9 juif du gouvernement, le baron Modest Korff, une note dans laquelle il attirait l&rsquo;attention sur les points suivants de la l\u00e9gislation concernant les Juifs and contredisant la logique d&rsquo;une &lsquo;saine \u00e9conomie politique&rsquo; : la limitation du droit de r\u00e9sidence ; la limitation dans l&rsquo;exercice du commerce and l&rsquo;acquisition de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re ; l&rsquo;absence de droits pour les Juifs ayant re\u00e7u une instruction\u00a0\u00bb \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir de 1862, \u2014 t\u00e9moigne l&rsquo;Encyclop\u00e9die juive, \u2014 il pr\u00e9sente toute une s\u00e9rie de notes d&rsquo;information, prouvant la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9veloppement de l&rsquo;instruction parmi les Juifs, de l&rsquo;octroi de droits aux personnes ayant termin\u00e9 les \u00e9tablissements d&rsquo;enseignement secondaire, ainsi qu&rsquo;aux artisans. En 1863, il \u00e9tablit l&rsquo;Soci\u00e9t\u00e9 pour la propagation des Lumi\u00e8res parmi les Juifs, ce qui co\u00fbta d&rsquo;immenses efforts ; l&rsquo;activit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9veloppait presque exclusivement sur les fonds de G\u00fcnzburg \u00bb. Sous l&rsquo;influence des G\u00fcnzburg fut form\u00e9e l&rsquo;\u00ab Soci\u00e9t\u00e9 pour l&rsquo;apprentissage des m\u00e9tiers and du travail agricole par les Juifs \u00bb (ORT), o\u00f9 les hommes pouvaient obtenir des professions recherch\u00e9es. (C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs cette m\u00eame ORT qui re\u00e7ut sa propagation en Isra\u00ebl, o\u00f9 elle existe encore aujourd&rsquo;hui, and apr\u00e8s la perestro\u00efka russe fut de nouveau r\u00e9tablie en Russie \u00e9galement.) Les G\u00fcnzburg traitaient les talents avec une attention particuli\u00e8re. Ils aid\u00e8rent \u00e0 \u00ab\u00a0sortir au jour\u00a0\u00bb le futur c\u00e9l\u00e8bre sculpteur M. Antokolski, les violonistes de g\u00e9nie Y. Heifetz and E. Zimbalist. Marc Chagall and Samouil Marchak dans leur premi\u00e8re jeunesse ne manqu\u00e8rent pas non plus de l&rsquo;attention de la famille G\u00fcnzburg. Chez Evzel G\u00fcnzburg, and par la suite chez son fils, il y avait tout un personnel d&rsquo;assistants qui r\u00e9pondaient aux demandes personnelles des personnes tomb\u00e9es dans le malheur.<\/p>\n<p>La bienfaisance des G\u00fcnzburg ne se propageait pas seulement aux Juifs. Peu de gens se souviennent que l&rsquo;a\u00een\u00e9 G\u00fcnzburg fut l&rsquo;un des fondateurs de la Soci\u00e9t\u00e9 arch\u00e9ologique \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, and le cadet, Horace, \u2014 des Cours sup\u00e9rieurs pour femmes, que l&rsquo;on appela par la suite \u00ab\u00a0Cours Bestoujev\u00a0\u00bb. Le baron Evzel G\u00fcnzburg laissa un testament dont on parla longtemps dans la \u00ab\u00a0zone de R\u00e9sidence\u00a0\u00bb : 50000 d\u00eemes de terre dans le gouvernement de Tauride \u2014 pour les Juifs pauvres qui voudront s&rsquo;adonner \u00e0 l&rsquo;agriculture \u00bb. Brockhaus and Efron rapportent que \u00ab son souci concernant le d\u00e9veloppement parmi les Juifs du travail agricole s&rsquo;exprima, entre autres, dans l&rsquo;\u00e9tablissement par lui d&rsquo;un prix pour les meilleurs Juifs-agriculteurs. Et vers 1857, il \u00e9tablit une bourse pour les Juifs qui \u00e9tudiaient \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie imp\u00e9riale de m\u00e9decine and de chirurgie. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, lorsque commen\u00e7a l&rsquo;\u00e9laboration de propositions concernant l&rsquo;introduction du service militaire obligatoire g\u00e9n\u00e9ral, Evzel manifesta conjointement avec son fils Horace un travail particuli\u00e8rement \u00e9nergique, dont le r\u00e9sultat fut l&rsquo;\u00e9galisation des Juifs sous le rapport du service militaire avec le reste de la population. Sur son initiative fut construite la c\u00e9l\u00e8bre synagogue chorale, \u00e0 propos de la construction de laquelle dans la capitale de l&rsquo;\u00c9tat russe fut en son temps bris\u00e9e pendant pas moins de plusieurs ann\u00e9es une telle quantit\u00e9 de lances verbales and, qui jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent reste la synagogue principale des Juifs de l&rsquo;ancien Leningrad, and aujourd&rsquo;hui de nouveau Saint-P\u00e9tersbourg. L\u00e0-bas, au premier rang se trouvent encore jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent les c\u00e9l\u00e8bres bancs nominatifs des barons G\u00fcnzburg.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, Evzel ne venait pratiquement pas en Russie, vivant \u00e0 Paris. Il y d\u00e9c\u00e9da en 1878. Toute son immense fortune, y compris la maison bancaire \u00ab\u00a0I. E. G\u00fcnzburg\u00a0\u00bb (and sa \u00ab\u00a0maison bancaire\u00a0\u00bb \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait comme on dit aujourd&rsquo;hui un \u00ab\u00a0holding diversifi\u00e9\u00a0\u00bb ou un \u00ab\u00a0groupe financier g\u00e9ant\u00a0\u00bb) il la l\u00e9gua \u00e0 ses trois fils \u2013 Naftali Hertz (Horace) d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut, Ouri (Ouria) and Salomon-David. La succession \u00e9tait conditionn\u00e9e par deux points c\u00e9l\u00e8bres \u2013 la pr\u00e9servation de la foi des p\u00e8res (ce \u00e0 quoi se r\u00e9solvaient loin d&rsquo;\u00eatre tous les \u00ab\u00a0oligarques\u00a0\u00bb juifs du XIXe si\u00e8cle, d&rsquo;ailleurs, tout comme du XXe si\u00e8cle) and la pr\u00e9servation de la citoyennet\u00e9 russe. <\/p>\n<p>Evzel G\u00fcnzburg eut cinq enfants. L&rsquo;ann\u00e9e 1878 fut tragique pour la famille G\u00fcnzburg. Les deux enfants a\u00een\u00e9s \u2014 Alexandre Ziskind and Mathilde, moururent \u00e0 Paris la m\u00eame ann\u00e9e que leur p\u00e8re. Le successeur and continuateur le plus c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;\u0153uvre de son p\u00e8re apr\u00e8s sa mort fut son fils \u2013 Naftali Hertz (ou comme on l&rsquo;appelait en russe \u2014 Horace) G\u00fcnzburg. Il \u00e9tait le compagnon and partenaire le plus actif de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Il naquit \u00e0 Zvenigorodka, en Ukraine en 1833, \u00e9tait le deuxi\u00e8me enfant (plus jeune de deux ans que son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Alexandre), re\u00e7ut une \u00e9ducation \u00e0 la maison (qui comprenait l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;h\u00e9breu, de la Torah and du Talmud) and \u00e9pousa \u00e0 20 ans sa cousine germaine Khana Rosenberg. \u00c9tant encore \u00e2g\u00e9 de vingt ans, Hertz devint l&rsquo;assistant le plus proche de son p\u00e8re dans toutes ses entreprises commerciales and publiques. Bient\u00f4t il prit pratiquement la t\u00eate de leur maison bancaire, prenant sur lui de nouvelles orientations dans le d\u00e9veloppement des affaires. On consid\u00e8re que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 Hertz que l&rsquo;activit\u00e9 commerciale des G\u00fcnzburg fut r\u00e9orient\u00e9e vers le nouveau \u00ab\u00a0Klondike\u00a0\u00bb russe \u2014 l&rsquo;extraction de l&rsquo;or en Sib\u00e9rie. \u00c0 cette \u00e9poque, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 70 du XIXe si\u00e8cle en Russie, pour parler le langage des Am\u00e9ricains, commen\u00e7a la \u00ab ru\u00e9e vers l&rsquo;or \u00bb. Mais elle se d\u00e9roulait en Russie diff\u00e9remment qu&rsquo;en Am\u00e9rique \u2014 les grandes compagnies, les maisons bancaires and les marchands-\u00ab\u00a0millionnaires\u00a0\u00bb s&rsquo;occup\u00e8rent d&rsquo;extraction d&rsquo;or, investissant dans ce domaine d&rsquo;immenses capitaux and cr\u00e9ant toute une branche nouvelle, ramifi\u00e9e and extr\u00eamement rentable des affaires \u2014 l&rsquo;industrie aurif\u00e8re. Ce boom de l&rsquo;or russe de la fin du XIXe si\u00e8cle, par ses volumes and sa fi\u00e8vre, \u00e9tait extr\u00eamement semblable au boom du p\u00e9trole, de la m\u00e9tallurgie and de l&rsquo;aluminium de la Russie de la fin du XXe si\u00e8cle, lorsque la propri\u00e9t\u00e9, pendant soixante-dix ans d\u00e9tenue par l&rsquo;\u00c9tat, commen\u00e7a \u00e0 passer dans des mains priv\u00e9es. <\/p>\n<p>Horace, tout comme son p\u00e8re en son temps, vit \u00e0 temps tout le potentiel financier qui s&rsquo;ouvrait dans ce domaine. Quelque temps plus tard, la maison bancaire des G\u00fcnzburg \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 devenue la fondatrice d&rsquo;environ une dizaine de mines. La seule \u00e9num\u00e9ration des mines et des compagnies que poss\u00e9daient les G\u00fcnzburg \u00e0 cette \u00e9poque occupe plus d&rsquo;une demi-page. Comme l&rsquo;\u00e9crit l&rsquo;historien, \u00ab ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les G\u00fcnzburg qui, au tournant des si\u00e8cles, prirent la t\u00eate de la liste des personnes les plus influentes de l&rsquo;industrie aurif\u00e8re de la Russie \u00bb.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;extraction de l&rsquo;or \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre le seul domaine d&rsquo;activit\u00e9 commerciale d&rsquo;Horace. Comme l&rsquo;indique Smetanine, \u00ab les G\u00fcnzburg poss\u00e9daient des sucreries et de grands domaines fonciers dans les gouvernements de Kiev et de Podolie. Dans leurs domaines, on appliquait largement les machines, les engrais min\u00e9raux, les rotations de cultures scientifiques. Ils poss\u00e9daient \u00e9galement des domaines fonciers en Crim\u00e9e et les louaient. Mais en 1892, la maison bancaire cessa ses op\u00e9rations. Cela n&rsquo;\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme une faillite, puisqu&rsquo;ils rendirent les dettes \u00e0 leurs cr\u00e9anciers. Quelque temps apr\u00e8s cela, la famille conservait encore ses positions dans le domaine de l&rsquo;industrie aurif\u00e8re. Mais apr\u00e8s le krach de la maison bancaire, ils furent contraints de transf\u00e9rer les mines \u00e0 des Anglais \u00bb. En effet, l&rsquo;\u0153uvre des G\u00fcnzburg subit \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle un fort coup financier. Voici comment d\u00e9crit cette situation un autre chercheur, O. Budnitski \u2013 \u00ab En 1892, au moment d&rsquo;une baisse brutale du cours du rouble russe, le minist\u00e8re des Finances n&rsquo;accorda pas d&rsquo;aide \u00e0 la maison bancaire, dont les fonds \u00e9taient investis dans des valeurs russes, \u2014 les G\u00fcnzburg furent contraints de renoncer \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 bancaire et se concentr\u00e8rent sur l&rsquo;industrie aurif\u00e8re. \u00bb Cependant, m\u00eame apr\u00e8s la cessation des op\u00e9rations actives de la maison bancaire et la r\u00e9duction des revenus provenant de l&rsquo;extraction de l&rsquo;or, la fortune des G\u00fcnzburg \u00e9tait \u00e9valu\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0 comme l&rsquo;une des plus grandes fortunes financi\u00e8res de la Russie.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps Horace, exactement tout comme avant lui son p\u00e8re, ind\u00e9pendamment de la mesure de succ\u00e8s variable ou constant avec laquelle marchaient ses affaires financi\u00e8res, ne cessa jamais sa c\u00e9l\u00e8bre activit\u00e9 de bienfaisance et publique. Pendant quarante ans, il dirigea officiellement la communaut\u00e9 juive de la capitale, P\u00e9tersbourg (bien qu&rsquo;on fait il dirige\u00e2t proprement toute la communaut\u00e9 juive de Russie). L&rsquo;ORT actuellement existante rapporte dans son essai historique \u2013 \u00ab G\u00fcnzburg se manifesta comme un m\u00e9c\u00e8ne et un grand bienfaiteur. Dans sa maison se rassemblaient les meilleurs repr\u00e9sentants des milieux scientifiques et du monde de l&rsquo;art. Ici venaient M. M. Stassioulevitch, K. D. Kaverine, V. D. Spassovitch, des professeurs ayant quitt\u00e9 l&rsquo;universit\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;insurrection polonaise de 1863. Le critique litt\u00e9raire et musical connu V. V. Stassov et le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain I. S. Tourgueniev \u00e9taient proches de G\u00fcnzburg ; dans sa maison s\u00e9journaient M. E. Saltykov-Chtchedrine, I. A. Gontcharov, I. M. Kramsko\u00ef, Vl. Soloviov, A. G. Rubinstein. Le sculpteur M. Antokolski gr\u00e2ce \u00e0 G\u00fcnzburg r\u00e9ussit \u00e0 obtenir une \u00e9ducation acad\u00e9mique. Il est difficile de nommer toutes les affaires pour lesquelles il intervenait comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, toutes les entreprises juives qu&rsquo;il finan\u00e7ait. Sur son argent s&rsquo;\u00e9ditaient des livres pour la d\u00e9fense des Juifs. Il \u00e9tait le pr\u00e9sident de la JCA, bien qu&rsquo;il n&rsquo;approuv\u00e2t pas l&rsquo;\u00e9migration, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 pour l&rsquo;instruction des Juifs. Son \u00e9pouse, Anna Gesselevna, \u00e9tablit sur l&rsquo;\u00eele Vassilievski une maison d&rsquo;orphelins. Cette famille aidait toujours g\u00e9n\u00e9reusement les victimes d&rsquo;incendies, de mauvaises r\u00e9coltes, de pogroms et d&rsquo;autres fl\u00e9aux dans la zone de R\u00e9sidence \u00bb.<\/p>\n<p>Le chercheur Chtylveld continue sur ce th\u00e8me : \u00ab Sous la direction d&rsquo;Horace G\u00fcnzburg agissaient 507 comit\u00e9s d&rsquo;\u00e9migration ! Sur l&rsquo;argent des G\u00fcnzburg existait la Soci\u00e9t\u00e9 historique et ethnographique juive, qui publia des milliers de monuments de l&rsquo;antiquit\u00e9 juive et \u00e9quipa une exp\u00e9dition ethnographique qui rassembla une collection unique d&rsquo;objets de la culture mat\u00e9rielle nationale \u2014 cette collection servit ensuite de base \u00e0 tout un mus\u00e9e (heureusement ferm\u00e9 sous le pouvoir sovi\u00e9tique) \u00bb. Outre tout le reste, sur son argent fut \u00e9tabli une multitude de bourses les plus diverses&#8230;<\/p>\n<p>Tout comme son p\u00e8re, Horace G\u00fcnzburg intervenait \u043f\u043e\u0441\u0442\u043e\u044f\u043d\u043d\u043e pour les Juifs, remettant au gouvernement des notes pour divers motifs. Bien qu&rsquo;on e\u00fbt permis \u00e0 G\u00fcnzburg de rassembler \u00e0 P\u00e9tersbourg des repr\u00e9sentants juifs pour une p\u00e9tition sur l&rsquo;am\u00e9lioration de la situation des Juifs, en r\u00e9ponse \u00e0 la demande le ministre des Affaires int\u00e9rieures, le comte N. P. Ignatiev, d\u00e9clara : \u00ab La fronti\u00e8re occidentale est ouverte pour les Juifs. Ils ont d\u00e9j\u00e0 de toute fa\u00e7on beaucoup de droits, et on ne s&rsquo;opposera pas \u00e0 leur \u00e9migration \u00bb.<\/p>\n<p>Ignatiev avait raison \u2014 il \u00e9tait mais facile pour un Juif de quitter la Russie pour toujours que de se d\u00e9placer temporairement d&rsquo;un shtetl vers une ville. \u00c0 cette m\u00eame \u00e9poque, une tr\u00e8s large bande de pogroms juifs passa sur la Russie, ce qui contribua \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;\u00e9migration, ce dont se r\u00e9jouissaient ouvertement beaucoup de fonctionnaires russes.<\/p>\n<p>Mikhail Beizer d\u00e9crit remarquablement les relations des hauts fonctionnaires russes \u00ab d\u00e9tenteurs du pouvoir \u00bb avec le baron G\u00fcnzburg dans son livre \u00ab Les Juifs \u00e0 P\u00e9tersbourg \u00bb, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ce m\u00eame Kliatchko. \u00ab D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt, les gar\u00e7ons du restaurant \u00ab\u00a0Donon\u00a0\u00bb, habitu\u00e9s \u00e0 ne s&rsquo;\u00e9tonner de rien, \u00e9taient les t\u00e9moins de sc\u00e8nes aussi myst\u00e9rieuses : dans un cabinet, derri\u00e8re une table portant les restes d&rsquo;un somptueux souper, s&rsquo;assoupissait un g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;arm\u00e9e en uniforme d\u00e9boutonn\u00e9. Dans le couloir se promenaient trois hommes. Deux d&rsquo;entre eux, de toute \u00e9vidence, \u00e9taient des Juifs : \u00ab\u00a0L&rsquo;un grand, fort, imposant, avec un nez de vautour ; l&rsquo;autre \u2014 de petite taille, avec une petite barbe grisonnante, un visage extraordinairement mobile, des yeux intelligents, brillants pour son \u00e2ge\u00a0\u00bb. Le troisi\u00e8me \u2014 un homme grand, maigre, sans couleur \u2014 avait manifestement l&rsquo;apparence d&rsquo;un fonctionnaire. Inopin\u00e9ment, le petit se s\u00e9parait du groupe et entrait prudemment sur la pointe des pieds dans le cabinet. S&rsquo;approchant du g\u00e9n\u00e9ral, d&rsquo;une main il soulevait doucement le pan de son uniforme, et de l&rsquo;autre fouillait dans sa propre poche. Les autres \u00ab\u00a0conjur\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e9piaient par la porte entrouverte. On pouvait s&rsquo;attendre \u00e0 ce que l&rsquo;on all\u00e2t tout de suite \u00e9gorger Son Excellence ou lui glisser du poison dans son vin, ou, du moins, lui voler quelque chose. Rien de tel n&rsquo;arrivait. Au contraire, le petit Juif gris retirait de sa poche une enveloppe et la glissait dans la poche int\u00e9rieure de l&rsquo;uniforme du g\u00e9n\u00e9ral. Ensuite, il quittait tout aussi doucement le cabinet et se joignait au reste de la compagnie. Apr\u00e8s quelques minutes, tous trois jetaient un coup d&rsquo;\u0153il dans la pi\u00e8ce. Le g\u00e9n\u00e9ral continuait \u00e0 dormir. Alors la proc\u00e9dure d\u00e9crite se r\u00e9p\u00e9tait, et une autre enveloppe disparaissait dans la poche spacieuse du gros homme endormi. Et ainsi parfois \u00e0 plusieurs reprises, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin, le personnage important se r\u00e9veill\u00e2t et ne sonn\u00e2t la clochette. C&rsquo;est alors que le trio de \u00ab\u00a0conjur\u00e9s\u00a0\u00bb entrait de mani\u00e8re intentionnellement bruyante dans le cabinet, saluant le g\u00e9n\u00e9ral. Celui-ci leur souriait : \u00ab\u00a0Oui, j&rsquo;ai fait un petit somme. Il est temps de rentrer. Tr\u00e8s satisfait. Tout ce qui est possible sera fait\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s cela, il s&rsquo;\u00e9loignait avec le fonctionnaire maigre et servile.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;\u00e9tait-ce donc ? Un complot antigouvernemental ? La vente de secrets de l&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re ? Un attentat manqu\u00e9 ? Qui sont ces gens \u2014 les participants \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements myst\u00e9rieux ? Le g\u00e9n\u00e9ral endormi \u2014 le ministre des Affaires int\u00e9rieures dans le gouvernement d&rsquo;Alexandre III, le comte N. P. Ignatiev. Le fonctionnaire \u2014 son secr\u00e9taire. L&rsquo;homme grand et fort \u2014 le c\u00e9l\u00e8bre bienfaiteur, pr\u00e9sident du conseil de la communaut\u00e9 juive de P\u00e9tersbourg, Horace Evzelievitch G\u00fcnzburg. Le petit, grisonnant \u2014 une figure publique juive \u00e9minente, l&rsquo;un des organisateurs de la construction de la synagogue de P\u00e9tersbourg et secr\u00e9taire de G\u00fcnzburg, David Faddeevitch Feinberg. Tout le spectacle fut invent\u00e9 par Ignatiev lui-m\u00eame pour obtenir des pots-de-vin de la part des Juifs. Si le comte trouvait la somme insuffisante, alors le \u00ab sommeil \u00bb continuait. Le ministre se \u00ab r\u00e9veillait \u00bb d\u00e9finitivement lorsque le \u00ab versement \u00bb le satisfaisait tout \u00e0 fait. Et il fallait obligatoirement amadouer Ignatiev, car il pouvait emp\u00eacher de nouvelles r\u00e9pressions \u043f\u0440\u043e\u0442\u0438\u0432 \u0435\u0432\u0440\u0435\u0435\u0432 (\u0438\u043c \u0436\u0435 \u0441\u0430\u043c\u0438\u043c \u043e\u0440\u0433\u0430\u043d\u0438\u0437\u043e\u0432\u0430\u043d\u043d\u044b\u0435). Par exemple, Ignatiev fut l&rsquo;initiateur d&rsquo;une nouvelle l\u00e9gislation anti-juive. Son histoire pr\u00e9alable est la suivante. En 1881, apr\u00e8s le meurtre de l&#8217;empereur Alexandre II, des pogroms pass\u00e8rent sur la zone de R\u00e9sidence. Beaucoup pensaient qu&rsquo;ils \u00e9taient inspir\u00e9s par le gouvernement, qui craignait une explosion du mouvement r\u00e9volutionnaire. Les pogroms \u00e9taient si nombreux qu&rsquo;Alexandre III proposa \u00e0 Ignatiev de s&rsquo;occuper de l&rsquo;enqu\u00eate sur leurs causes et d&rsquo;\u00e9laborer des propositions pour la pr\u00e9vention d&rsquo;une chose semblable \u00e0 l&rsquo;avenir. Le comte pr\u00e9para un rapport dont il r\u00e9sultait que dans les pogroms les coupables \u00e9taient&#8230; les Juifs eux-m\u00eames, qui pr\u00e9tendument exploitaient sans piti\u00e9 les paysans. C&rsquo;est pourquoi on propos\u0e32\u0e01 d&rsquo;expulser les Juifs des villages (une id\u00e9e, notons-le, pas nouvelle).<\/p>\n<p>Le ministre n&rsquo;aimait pas les Juifs, mais aimait beaucoup l&rsquo;argent, dont il manquait toujours. C&rsquo;est pourquoi, avant d&rsquo;apporter le rapport au tsar, Ignatiev le montra \u00e0 G\u00fcnzburg et insinua que pour deux millions de roubles (selon d&rsquo;autres sources \u2014 pour un million) il pouvait \u00eatre tout \u00e0 fait modifi\u00e9. Le baron ne put d\u00e9crocher cette somme inou\u00efe, mais tout de m\u00eame pour un pot-de-vin moindre (environ cent mille roubles) la loi fut quelque peu adoucie. \u00c0 partir du moment de l&rsquo;introduction de la nouvelle l\u00e9gislation, il fut interdit aux Juifs de s&rsquo;installer dans les villages de la zone de R\u00e9sidence et d&rsquo;y acqu\u00e9rir des biens immobiliers. Il ne leur \u00e9tait pas permis de commercer les spiritueux. Le droit \u00e9tait accord\u00e9 aux assembl\u00e9es de village d&rsquo;expulser du village tout Juif qui y vivait avant l&rsquo;adoption de la nouvelle loi.\u00bb<\/p>\n<p>Le comte Ignatiev n&rsquo;\u00e9tait pas du tout le seul \u00e0 ne pas pouvoir souffrir les Juifs, faisant tout pour l&rsquo;aggravation de leur situation, et prenant en m\u00eame temps d&rsquo;eux des pots-de-vin \u2014 cette forme de chantage \u00e9tait largement r\u00e9pandue en Russie. Une aversion particuli\u00e8rement forte chez la majorit\u00e9 de la noblesse russe \u00e9tait suscit\u00e9e par des personnes comme les Ginzburg \u2014 d&rsquo;une part, ils appartenaient \u00e0 la tribu juive m\u00e9pris\u00e9e, et d&rsquo;autre part, ils poss\u00e9daient un titre de noblesse, ce qui les pla\u00e7ait au m\u00eame niveau (du moins selon le protocole) que les nobles russes, \u043d\u043e surtout, en plus de tout cela, ils poss\u00e9daient des capitaux si colossaux que la majeure partie de l&rsquo;aristocratie russe ne pouvait m\u00eame pas en r\u00eaver. C&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 des raisons suffisantes d&rsquo;envie, de malice et de haine.<\/p>\n<p>Pour comprendre r\u00e9ellement quelle \u00e9tait l&rsquo;attitude v\u00e9ritable de la majorit\u00e9 de la noblesse russe envers \u00ab ces parvenus juifs \u00bb, comme certains repr\u00e9sentants de la cour de Sa Majest\u00e9 Imp\u00e9riale qualifiaient alors les barons Ginzburg, il vaut la peine de se tourner vers la correspondance entre le prince V. P. Mechtcherski et le tsar russe de l&rsquo;\u00e9poque, Alexandre III. Mechtcherski \u00e9tait un publiciste renomm\u00e9, un \u00e9crivain, auteur de plusieurs best-sellers d&rsquo;actualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque, ainsi que l&rsquo;\u00e9diteur et le r\u00e9dacteur en chef du journal \u00ab Grajdanine \u00bb, qu&rsquo;il avait proclam\u00e9 \u00ab organe des Russes se situant en dehors de tout parti \u00bb. En guise d&rsquo;\u00e9pigraphe \u00e0 la lettre de Mechtcherski, on peut citer une phrase tir\u00e9e des lettres pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9chang\u00e9es entre le prince et le tsar : \u00ab Il faut orienter tous les efforts pour mettre fin \u00e0 la prolif\u00e9ration de l&rsquo;intellectuel juif. \u00bb Et voici \u00e0 quoi ressemble une autre lettre adress\u00e9e au souverain, dat\u00e9e du 5 janvier 1885.<\/p>\n<p>\u00ab Samedi.<\/p>\n<p>Hier a eu lieu un d\u00eener caract\u00e9ristique chez le chef des juifs Ginzburg. Ginzburg est en Russie le chef du parti juif \u2014 personne n&rsquo;en doute. Il est \u00e0 la fois tr\u00e8s riche et tr\u00e8s intelligent. \u041d\u043e ce qui est triste, c&rsquo;est que sa richesse s&rsquo;\u00e9tend de plus en plus \u00e0 mesure que son esprit s&rsquo;affine pour acqu\u00e9rir toujours plus d&rsquo;influence. De plus, il est caract\u00e9ristique et int\u00e9ressant de noter que Ginzburg agit avec un cynisme et une insolence surprenants : il ne s&#8217;embarrasse pas de manifester son m\u00e9pris pour les Russes lorsqu&rsquo;il a besoin d&rsquo;eux. \u00c0 peine la nomination d&rsquo;Ignatiev en Sib\u00e9rie fut-elle connue que Ginzburg lui rendit visite. La raison en est claire. Ginzburg a acquis de nombreuses mines d&rsquo;or en Sib\u00e9rie et y a d\u00e9velopp\u00e9 de grandes colonies juives. Et voil\u00e0 qu&rsquo;apr\u00e8s ces visites, Ginzburg invite Ignatiev \u00e0 d\u00eener. Ignatiev s&rsquo;y rend et trouve un d\u00eener de Lucullus. Parmi les invit\u00e9s figuraient divers g\u00e9n\u00e9raux de haut rang ; en t\u00eate le comte Pavel Chouvalov, puis Bobrikov, Anoutchine ; ces deux derniers se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00eatre des amis de la maison ; Adelson, et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 les petits Ginzburg et le directeur g\u00e9n\u00e9ral des mines d&rsquo;or de Ginzburg en Sib\u00e9rie. Ginzburg r\u00e9gale ses invit\u00e9s, \u043d\u043e \u043d\u0435 mange pas lui-m\u00eame, pour ne pas se souiller avec les Russes. On sert du champagne, et qu&rsquo;arrive-t-il ? Bobrikov propose diff\u00e9rents toasts, et entre autres celui-ci : \u00e0 la sant\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4te, en tant qu&rsquo;homme des plus nobles, marchant fermement et invariablement sur sa voie, vaillant travailleur qui nous a prouv\u00e9 que malgr\u00e9 la diff\u00e9rence de religion, il ne fait pas de diff\u00e9rence entre les nationalit\u00e9s, etc.<\/p>\n<p>Le d\u00e9go\u00fbt saisit face \u00e0 de tels discours de table. Ginzburg les \u00e9coute avec un sourire exprimant : louez-moi, valets, je daigne vous \u00e9couter&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Dans cette lettre personnelle, adress\u00e9e \u00e0 l&#8217;empereur de Russie lui-m\u00eame et ressemblant plut\u00f4t \u00e0 une d\u00e9nonciation, tout se m\u00eale \u2014 la haine et le m\u00e9pris envers les Juifs, l&rsquo;envie envers les hauts fonctionnaires qui re\u00e7oivent d&rsquo;eux des pots-de-vin, sa propre impuissance et un d\u00e9sir infini de nuire et d&rsquo;agacer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre ce maudit et inaccessible Ginzburg. \u041d\u043e cette d\u00e9nonciation, elle aussi, ne semble pas avoir produit l&rsquo;impression escompt\u00e9e. Cependant, les temps changeaient, les empereurs russes, les fonctionnaires et les hommes de lettres aussi. Une seule chose ne changeait pas \u2014 leur attitude envers les Juifs. Comme l&rsquo;a \u00e9crit Kouchner : \u00ab Chaque si\u00e8cle est un si\u00e8cle de fer. \u00bb Nous pouvons nous tourner vers une \u00e9poque plus tardive, le r\u00e8gne du dernier tsar russe Nicolas II, successeur d&rsquo;Alexandre III, et constater qu&rsquo;aucun changement fondamental n&rsquo;est survenu dans l&rsquo;attitude des puissants envers les Juifs dans la Russie de l&rsquo;\u00e9poque ; ou plut\u00f4t, des changements ont eu lieu, \u043d\u043e exclusivement dans le mauvais sens. Nous nous permettons de citer un extrait du livre d&rsquo;Aaron Simanovitch, joaillier de la Cour de Sa Majest\u00e9 Imp\u00e9riale et secr\u00e9taire particulier de Grigori Raspoutine (qui fut d&rsquo;ailleurs une figure assez ambigu\u00eb, complexe et \u00e0 bien des \u00e9gards cl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon des ann\u00e9es de troubles en Russie). Nombreux sont ceux qui, ayant lu les m\u00e9moires de Simanovitch, affirment qu&rsquo;il souligne et exag\u00e8re outre mesure son propre r\u00f4le dans les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;\u00e9poque. Sans contester cette affirmation, il nous semble qu&rsquo;il convient n\u00e9anmoins d&rsquo;\u00e9couter ce m\u00e9morialiste qui d\u00e9crit de mani\u00e8re assez pr\u00e9cise l&rsquo;atmosph\u00e8re et les \u00e9v\u00e9nements de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Voici ce qu&rsquo;\u00e9crit Simanovitch dans ses souvenirs.<\/p>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de s&rsquo;\u00e9tendre sur le fait que lors du r\u00e8glement des requ\u00eates juives, qui devinrent bient\u00f4t ma principale occupation et absorbaient \u00e9norm\u00e9ment de temps, l&rsquo;amiti\u00e9 de Raspoutine m&rsquo;\u00e9tait des plus pr\u00e9cieuses. Il ne refusait jamais son aide. Il \u00e9st vrai qu&rsquo;au d\u00e9but, il manifestait une certaine retenue dans les affaires juives. Il \u00e9tait plus enclin \u00e0 \u00eatre d&rsquo;accord avec moi lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;autres questions, et j&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;il connaissait mal la question juive. Il me racontait aussi souvent que le tsar se plaignait des Juifs. Comme les ministres se plaignaient constamment de la domination juive et de la participation des Juifs au mouvement r\u00e9volutionnaire, la question juive causait beaucoup de soucis au tsar, et il ne savait pas comment la traiter.<\/p>\n<p>Ce fut une p\u00e9riode courte, \u043d\u043e fort dangereuse pour les Juifs. Je commen\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 craindre que Raspoutine ne dev\u00eent antis\u00e9mite, et j&#8217;employais toute mon habilet\u00e9 et mon \u00e9nergie pour orienter les pens\u00e9es de Raspoutine vers une autre voie. En un certain sens, je devais opposer mon influence sur Raspoutine \u00e0 celle du tsar, car le tsar confiait \u00e0 Raspoutine tous ses soucis et se plaignait constamment des Juifs. La question \u00e9tait de savoir si Raspoutine approfondirait mes explications sur la question juive ou s&rsquo;il croirait aux plaintes du tsar. Les repr\u00e9sentants du juda\u00efsme, que j&rsquo;avais jug\u00e9 n\u00e9cessaire d&rsquo;informer de la situation mena\u00e7ante qui s&rsquo;\u00e9tait cr\u00e9\u00e9e, \u00e9taient dans une grande anxi\u00e9t\u00e9 et m&rsquo;oblig\u00e8rent \u00e0 prendre toutes les mesures pour emp\u00eacher le passage de Raspoutine chez les antis\u00e9mites. Il \u00e9tait clair pour nous tous qu&rsquo;un tel tournant aurait des cons\u00e9quences terribles.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, Raspoutine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au sommet de sa gloire, et le tsar \u00e9tait enti\u00e8rement sous son influence. Nicolas s&rsquo;engouait alors pour les organisations reactionary et \u00e9tait lui-m\u00eame membre de l&rsquo;\u00ab Union du peuple russe \u00bb, qui organisait des pogroms juifs. Si Raspoutine s&rsquo;\u00e9tait joint aux dirigeants r\u00e9actionnaires, qui s&rsquo;effor\u00e7aient beaucoup d&rsquo;y parvenir, les derniers temps seraient venus pour les Juifs. Apr\u00e8s de longues h\u00e9sitations, il s&rsquo;est rang\u00e9 de notre c\u00f4t\u00e9. Son sain bon sens humain a triomph\u00e9. Il est devenu l&rsquo;ami et le bienfaiteur des Juifs et a soutenu sans r\u00e9serve mes efforts pour am\u00e9liorer leur situation.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu de nombreuses conf\u00e9rences avec des repr\u00e9sentants du juda\u00efsme, et la t\u00e2che m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e de tendre vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits des Juifs et, si possible, de l&rsquo;obtenir. Cela signified \u00e9galement que les voies que j&rsquo;avais trac\u00e9es et les moyens employ\u00e9s pour atteindre cet objectif \u00e9taient reconnus comme corrects. J&rsquo;ai accept\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter la mission qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e, \u043d\u043e la r\u00e9volution m&rsquo;a devanc\u00e9 dans son ach\u00e8vement. En tout cas, je suis fier qu&rsquo;il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;aider les Juifs en des temps si difficiles pour eux et d&rsquo;all\u00e9ger, ne serait-ce qu&rsquo;en partie, leur sort&#8230;<\/p>\n<p>Raspoutine se plaignait souvent de l&rsquo;opposition de ministres et d&rsquo;autres personnes influentes hostiles aux Juifs. \u00c0 cet \u00e9gard, il me demandait de lui faire rencontrer des personnes capables de lui donner des informations int\u00e9ressantes sur la question juive.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il me racontait qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral, le tsar n&rsquo;\u00e9tait pas du tout aussi hostile aux Juifs qu&rsquo;on avait l&rsquo;habitude de le penser. Le mot \u00ab juif \u00bb produit tout de m\u00eame un effet d\u00e9sagr\u00e9able sur la famille royale. L&rsquo;aversion envers les Juifs est inculqu\u00e9e aux enfants de la famille imp\u00e9riale d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge par les nounous et le reste de la domesticit\u00e9. Raspoutine racontait que le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, Maklakov, lors de jeux avec le tsar\u00e9vitch, s&rsquo;effor\u00e7\u0432\u0430\u0442\u044c de l&rsquo;effrayer par ces mots : \u00ab Attends un peu, les youtres vont t&rsquo;attraper \u00bb ! De peur, le tsar\u00e9vitch criait m\u00eame \u00e0 ces mots. \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces conditions d&rsquo;une \u00ab Russie antis\u00e9mite de haut en bas et de bas en haut \u00bb que la nombreuse population juive de l&rsquo;Empire et les dirigeants de la communaut\u00e9, les barons Ginzburg, devaient subsister. Certes, pour diriger la communaut\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque et dans de telles conditions, il fallait \u00eatre une personne tout \u00e0 fait extraordinaire. Et les l\u00e9gendes, les rumeurs et les comm\u00e9rages accompagnent toujours la vie des personnes extraordinaires et c\u00e9l\u00e8bres. Que ne racontait-on pas sur les Ginzburg, et en particulier sur Horace, quelles disputes et querelles ne surgissaient pas autour de ces personnes : les uns affirmaient qu&rsquo;il soutenait les r\u00e9volutionnaires et voulait renverser le r\u00e9gime existant gr\u00e2ce \u00e0 son argent, les autres, au contraire, r\u00e9pliquaient qu&rsquo;il \u00e9tait le plus fid\u00e8le \u00ab serviteur du tsar \u00bb ; certains prouvaient, la bave aux l\u00e8vres, qu&rsquo;il s&rsquo;opposait \u00e0 l&rsquo;\u00e9migration des Juifs de Russie, tandis que d&rsquo;autres avan\u00e7aient logiquement comme argument les sommes \u00e9normes qu&rsquo;Horace d\u00e9pensait conjointement avec le baron de Hirsch pour la \u00ab Jewish Colonization Association \u00bb ; d&rsquo;autres enfin colportaient des ragots selon lesquels Horace poss\u00e9dait tout un \u00ab harem \u00bb de ma\u00eetresses, tandis que d&rsquo;autres affirmaient qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab le plus fid\u00e8le des \u00e9poux \u00bb. Les rumeurs et les comm\u00e9rages \u00ab se multipliaient sans conna\u00eetre d&rsquo;obstacles \u00bb \u2014 une partie de la communaut\u00e9 juive inadmettait que le temps d&rsquo;Horace \u00e9tait r\u00e9volu et qu&rsquo;en tant que leader il \u00e9tait obsol\u00e8te, qu&rsquo;il fallait de nouvelles id\u00e9es et de nouveaux moyens de lutte pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, tandis que d&rsquo;autres membres de la communaut\u00e9 les ramenaient \u00e0 la raison, affirmant qu&rsquo;en Russie il n&rsquo;y avait pas \u0438 qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait jamais d&rsquo;autres moyens que l&rsquo;argent pour obtenir ne serait-ce que quelque chose. Les discussions \u00e0 ce sujet n&rsquo;en finissaient pas.<\/p>\n<p>O. Boudnitski cite notamment cet exemple dans son article : \u00ab Des rumeurs couraient selon lesquelles Ginzburg finan\u00e7ait \u00ab Sviachtchenna\u00efa droujina \u00bb (la \u00ab Sainte-Ligue \u00bb) \u2014 une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te cr\u00e9\u00e9e pour lutter contre les r\u00e9volutionnaires avec leurs propres m\u00e9thodes, allant jusqu&rsquo;au terrorisme. En m\u00eame temps, il entretenait des relations \u00e9troites avec le r\u00e9dacteur en chef du journal lib\u00e9ral \u00ab Poriadok \u00bb, Mikha\u00efl Stassioulevitch, publi\u00e9 en 1881-1882, et lui apportait un soutien financier. Il \u00e9st vrai que les mauvaises langues pr\u00e9tendaient qu&rsquo;Horace ne soutenait pas du tout le journal par go\u00fbt pour les id\u00e9es lib\u00e9rales, \u043d\u043e \u043f\u043e sympathie pour l&rsquo;\u00e9pouse de Stassioulevitch, n\u00e9e Outina. Ces m\u00eames mauvaises langues affirmaient qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de trouver une femme plus laide que l&rsquo;objet de la passion du banquier. Mais l&rsquo;amour, comme chacun sait, \u00e9st un sentiment myst\u00e9rieux. \u00bb<\/p>\n<p>Outre les rumeurs infiniment propag\u00e9es et les plus incroyables, outre la haine des Cent-Noirs, l&rsquo;attitude malveillante des personnalit\u00e9s royales et de l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 du peuple russe, les Ginzburg faisaient \u00e9galement l&rsquo;objet de critiques constantes de la part de leur propre communaut\u00e9. De plus, cette critique \u00e9manait de la fraction la plus \u00e9clair\u00e9e et instruite de la communaut\u00e9, \u00e0 savoir son intelligentsia. Voici comment A. Lokchine d\u00e9crit cette situation : \u00ab Apr\u00e8s la r\u00e9organisation du conseil d&rsquo;administration en 1869, la quasi-totalit\u00e9 de la vie communautaire de la capitale tomba sous la d\u00e9pendance totale des dons volontaires de quelques familles juives prosp\u00e8res. Les barons Ginzburg, qui se trouvaient \u00e0 la t\u00eate de la communaut\u00e9 (d&rsquo;abord Evzel, puis ses fils Horace et David), \u0441\u0444\u043e\u0440\u043c\u0438\u0440\u043e\u0432\u0430\u043b\u0438 un pouvoir qui se transmettait en r\u00e9alit\u00e9 par h\u00e9ritage. Ils avaient acc\u00e8s aux plus hauts fonctionnaires de l&rsquo;\u00c9tat et jouissaient d&rsquo;une immense popularit\u00e9 au-del\u00e0 de Piter \u2014 en tant que bienfaiteurs et intercesseurs. Le fait que, entre eux, dans le langage courant, les Juifs de Saint-P\u00e9tersbourg n&rsquo;appelaient Horace Ginzburg autrement que \u00ab papa \u00bb permet, par exemple, d&rsquo;imaginer la position de cette famille unique. Il poss\u00e9dait des mani\u00e8res aristocratiques et, comme beaucoup d&rsquo;aristocrates russes, se sentait plus naturel en s&rsquo;exprimant en fran\u00e7ais qu&rsquo;en russe. Parmi les invit\u00e9s de la luxueuse demeure de Ginzburg sur le quai des Anglais, on pouvait rencontrer de c\u00e9l\u00e8bres \u00e9crivains et artistes russes, des g\u00e9n\u00e9raux, des juristes, de hauts fonctionnaires du gouvernement. Lors de leurs voyages \u00e0 travers leurs vastes domaines du gouvernement de Podolie, les Ginzburg \u00e9taient souvent litt\u00e9ralement assaillis par des foules de Juifs pauvres qui suppliaient pour une aide financi\u00e8re ou des intercessions de toutes sortes. Dans la conscience populaire, dans l&rsquo;esprit de personnes languissant apr\u00e8s un protecteur puissant, les Juifs riches et influents les plus divers de Saint-P\u00e9tersbourg, qui se trouvaient porter les noms de Ginsberg, Ginzburg, Gintzburg ou G\u00fcnzburg, se fondaient en un seul \u00ab baron Ginzburg \u00bb ; c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;on attribuait toutes les bonnes \u0153uvres.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la situation dans la communaut\u00e9 continuait de susciter l&rsquo;irritation de l&rsquo;intelligentsia juive. Elle estimait que ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces m\u00eames nouveaux riches d\u00e9peints dans le roman de Levanda qui avaient pris vie et contr\u00f4laient la principale communaut\u00e9 du juda\u00efsme de Russie. Dans une lettre ouverte adress\u00e9e aux Ginzburg et \u00e0 leurs semblables, les r\u00e9dacteurs de \u00ab Rassvet \u00bb \u00e9crivaient en 1880 : \u00ab Nous, les Juifs, ne parvenons toujours pas \u00e0 secouer le triste h\u00e9ritage s\u00e9culaire qui nous a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur&#8230; par le pass\u00e9 historique, nous ne parvenons toujours pas \u00e0 nous lib\u00e9rer de la conviction regrettable, \u043d\u043e malheureusement fond\u00e9e sur une triste exp\u00e9rience, que tout et partout ne s&rsquo;obtient que par l&rsquo;argent. L&rsquo;argent, et l&rsquo;argent seul, nous a sauv\u00e9s de l&rsquo;exil, des b\u00fbchers ; l&rsquo;argent nous donnait, et nous donne encore dans certains \u00c9tats, les honneurs et une position privil\u00e9gi\u00e9e ; pourquoi donc, se demande-t-on, avec l&rsquo;argent, avec l&rsquo;argent seul, ne pourrait-on pas organiser correctement les affaires publiques ? Il s&rsquo;av\u00e8re pourtant que non, que d&rsquo;autres leviers et moteurs sont encore n\u00e9cessaires au sein du juda\u00efsme&#8230; Nous ne sommes d&rsquo;ailleurs pas du tout oppos\u00e9s \u00e0 attirer nos c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s financi\u00e8res \u00e0 participer aux affaires publiques&#8230; Nous sommes seulement contre leur participation exclusive aux d\u00e9pens d&rsquo;eux seuls et de personne d&rsquo;autre&#8230; Un succ\u00e8s r\u00e9el ne peut \u00eatre obtenu que par des affaires et des initiatives publiques qui seront l&rsquo;\u0153uvre non pas d&rsquo;individus isol\u00e9s, \u043d\u043e d&rsquo;une \u0153uvre commune, nationale \u00bb.<\/p>\n<p>Dans cet extrait sont d\u00e9crits de mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise l&rsquo;atmosph\u00e8re et les \u00e9tats d&rsquo;esprit de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Le sionisme et le mouvement r\u00e9volutionnaire (des id\u00e9es si diff\u00e9rentes et contradictoires) s&#8217;emparaient de plus en plus de la conscience des Juifs de Russie. Selon les souvenirs des contemporains : \u00ab personne ne veut plus d&rsquo;\u00e9volution \u2014 tout le monde veut une r\u00e9volution quelconque ! \u00bb Les barons Ginzburg, qui n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 ni r\u00e9volutionnaires, ni sionistes, ni monarchistes, \u0441\u0435 sentaient de plus en plus en difficult\u00e9 dans cette atmosph\u00e8re. Le temps des magnats bienfaiteurs en Russie touchait \u00e0 sa fin. Diriger la communaut\u00e9 d&rsquo;un pays qui s&rsquo;effondre sous ses yeux est incroyablement lourd. Les Ginzburg le comprenaient, \u043d\u043e ne pouvaient plus rien y faire. Voici comment cette situation est d\u00e9crite dans la notice historique de l&rsquo;ORT consacr\u00e9e \u00e0 Horace Ginzburg.<\/p>\n<p>\u00ab C&rsquo;\u00e9tait sans aucun doute un homme remarquable. Pourquoi alors, par exemple, lors des \u00e9lections \u00e0 la Premi\u00e8re Douma d&rsquo;\u00c9tat, Horace Ginzburg n&rsquo;est-il pas devenu le d\u00e9put\u00e9 juif ? Pourquoi n&rsquo;a-t-il m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 pour ce poste, et personne ne s&rsquo;est-il pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 lui pour demander conseil ? Avait-on oubli\u00e9 ses services envers le monde juif ? Bien s\u00fbr que non. C&rsquo;est simplement que les temps avaient chang\u00e9. Ginzburg \u00e9tait un leader juif trop traditionnel. En stricte conformit\u00e9 avec les enseignements juifs, il \u00e9tait d&rsquo;avis que les Juifs devaient suivre scrupuleusement les lois de leur pays de r\u00e9sidence. La loyaut\u00e9 envers le gouvernement, envers le tsar, \u00e9tait pour lui un principe sacr\u00e9. Que pouvait-il faire ? Donner de l&rsquo;argent, beaucoup d&rsquo;argent, amadouer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre un fonctionnaire, donner un pot-de-vin (comme dans l&rsquo;histoire avec le comte Ignatiev). Et bien s\u00fbr, demander, solliciter.<\/p>\n<p>Un tel leader ne convenait plus \u00e0 la majorit\u00e9 des Juifs dans la Russie du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. La situation politique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays changeait rapidement. L&rsquo;antis\u00e9mitisme gagnait du terrain, de terribles pogroms \u00e9clat\u00e8rent. De plus, le juda\u00efsme lui-m\u00eame ne formait plus depuis longtemps une communaut\u00e9 monolithique, \u043d\u043e s&rsquo;\u00e9tait fragment\u00e9 en factions qui se combattaient mutuellement. Il ne fallait plus demander, \u043d\u043e exiger, crier pour \u00eatre entendu. Pour obtenir quelque chose ou du moins prot\u00e9ger sa maison, il fallait prendre les armes. L&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;avait nullement l&rsquo;intention de prot\u00e9ger les Juifs de l&rsquo;arbitraire, \u043d\u043e participait lui-m\u00eame \u00e0 cet arbitraire, voyant dans cette nation exog\u00e8ne la cause de la propagation de la r\u00e9volution et un bouc \u00e9missaire id\u00e9al. Nicolas II, dans un t\u00e9l\u00e9gramme adress\u00e9 en juin 1907 \u00e0 l&rsquo;un des dirigeants de l&rsquo;Union du peuple russe, d\u00e9clara : \u00ab &#8230; que l&rsquo;Union du peuple russe soit pour moi un appui fiable, servant pour tous et en tout d&rsquo;exemple de l\u00e9galit\u00e9 et d&rsquo;ordre \u00bb.<\/p>\n<p>Que pouvait donc obtenir le baron Ginzburg d&rsquo;un empereur pour qui le fondement de l&rsquo;ordre public \u00e9tait l&rsquo;Union du peuple russe ?! Il \u00e9tait alors clair pour tout esprit pensant que le salut des Juifs r\u00e9sidait soit dans l&rsquo;\u00e9migration, soit dans la lutte r\u00e9volutionnaire. Dans une soci\u00e9t\u00e9 aigrie et en crise, il n&rsquo;y avait pas de place pour les compromis. \u041d\u043e Ginzburg ne sympathisait ni avec les r\u00e9volutionnaires (ni de gauche, ni de droite), ni avec l&rsquo;\u00e9migration, ni avec le sionisme. C&rsquo;est pourquoi, lors des \u00e9lections \u00e0 la Douma d&rsquo;\u00c9tat, les Juifs vot\u00e8rent non pas pour lui, \u043d\u043e pour de nouveaux leaders qui osaient et savaient non pas demander, \u043d\u043e exiger. Le peuple juif, tout comme les autres peuples de Russie, ne voulait plus rien demander. Cela \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme humiliant et insens\u00e9. Le temps des chefs comme Horace Evzelevitch Ginzburg \u00e9tait irr\u00e9vocablement r\u00e9volu. \u00bb<\/p>\n<p>Naftali Hertz (Horace) Ginzburg mourut en 1909 dans la capitale de l&rsquo;\u00c9tat russe, \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. Dans son testament, il demandait \u00e0 \u00eatre enterr\u00e9 \u00e0 Paris, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 reposaient les cendres de son p\u00e8re, de sa s\u0153ur et de ses fr\u00e8res. Comme l&rsquo;\u00e9crit Shtilveld : \u00ab Lorsqu&rsquo;il mourut, les personnalit\u00e9s publiques les plus \u00e9minentes du juda\u00efsme de l&rsquo;\u00e9poque le qualifi\u00e8rent, lors de la veill\u00e9e fun\u00e8bre, de \u00ab gloire d&rsquo;Isra\u00ebl \u00bb pour ses sollicitudes incessantes envers son peuple. Et le sioniste Temkine s&rsquo;y exprima \u00ab au nom des shtetls sourds de province \u00bb : \u00ab Indiquez-moi un seul shtetl qui, dans un moment de douleur, n&rsquo;ait pas demand\u00e9 la protection du baron ? Trouvez un seul Juif qui, dans un moment de d\u00e9sespoir ou de souffrance am\u00e8re, n&rsquo;ait pas implor\u00e9 le baron ? Et le baron y allait, demandait, interc\u00e9dait \u2014 il ne refusait jamais rien \u00e0 personne ! \u00bb.<\/p>\n<p>Bien entendu, apr\u00e8s la mort d&rsquo;Horace, l&rsquo;activit\u00e9 financi\u00e8re et caritative de la famille Ginzburg ne cessa pas d&rsquo;exister. La famille fut dirig\u00e9e par ses fils. Dans son testament, Horace \u00e9crivait que \u00ab de son vivant, il avait beaucoup donn\u00e9 \u00e0 des fins caritatives et que, par cons\u00e9quent, il ne leur l\u00e9guait pas de sommes sp\u00e9cifiques, \u043d\u043e esp\u00e9rait que ses enfants, suivant les traditions de la famille et de tout le peuple juif, poursuivraient l&rsquo;\u0153uvre de bienfaisance \u00bb. Et en effet, comme l&rsquo;\u00e9crivent les chercheurs : \u00ab Horace s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un visionnaire \u2014 les descendants des Ginzburg participent encore aujourd&rsquo;hui \u00e0 des actions caritatives \u00bb.<\/p>\n<p>Certes, la famille Ginzburg, comme nulle autre famille, a laiss\u00e9 sa marque dans l&rsquo;histoire juive de Russie. Cette famille disposait d&rsquo;immenses relations dans toute l&rsquo;Europe. Les Ginzburg s&rsquo;alli\u00e8rent aux c\u00e9l\u00e8bres Rothschild fran\u00e7ais, au baron de Hirsch, aux banquiers allemands Warburg de Hambourg, aux banquiers Herzfeld de Budapest, aux Ashkenazi d&rsquo;Odessa, aux Rosenberg et aux Brodsky de Kiev. Les Ginzburg avaient une famille nombreuse.<\/p>\n<p>Nous aimerions dans cet article, en signe de gratitude pour tout ce que cette famille a fait pour les Juifs de Russie, citer les noms de quelques-uns de ses membres du moins. Horace \u00e0 lui seul avait onze enfants. Voici leurs noms et dates de vie : Gabriel Jacob (1855\u20131926, Paris), David (1857\u20131910, Saint-P\u00e9tersbourg), Mordeha\u00ef Maximilien (1859\u2013?), Louise (1862\u20131921), Alexander Moses (1863\u20131948), Abram Alfred (1865\u20131936, Paris), Mathilde (1865\u20131917), Isaac Dmitri (1870\u20131907), Benjamin Pierre (1872\u20131948), Vladimir Zeev Wolf (1873, Paris\u20131932, Paris), et Sarah Anna (1876\u2013?).<\/p>\n<p>Alexandre Ziskind (1831\u20131878), fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d&rsquo;Horace, avait deux fils \u2014 Mikha\u00ebl et Gabriel Jacob.<\/p>\n<p>Mathilde (1844\u20131878, Paris), sa s\u0153ur cadette, avait \u00e9galement deux enfants, son fr\u00e8re Salomon David (1848\u20131905, Paris) en avait quatre, et Uri (1840\u20131914, Paris), un autre de ses fr\u00e8res, avait 9 enfants. <\/p>\n<p>Presque chacun de ces 28 cousins et cousines germains eut ses propres enfants, puis des petits-enfants and arri\u00e8re-petits-enfants. Les nombreux descendants de la famille se souviennent de leurs racines et ont r\u00e9ussi \u00e0 reconstituer leur g\u00e9n\u00e9alogie ramifi\u00e9e remontant au XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En conclusion, il convient de dire que tous les descendants des Ginzburg ont quitt\u00e9 la Russie \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques (principalement avant la r\u00e9volution). Ainsi s&rsquo;est achev\u00e9e l&rsquo;histoire plus que s\u00e9culaire de la vie de cette famille sur le territoire de l&rsquo;Empire russe. De nombreux descendants des Ginzburg r\u00e9sident actuellement dans le monde entier \u2014 de la France et Isra\u00ebl jusqu&rsquo;aux \u00c9tats-Unis. Mais la m\u00e9moire de cette c\u00e9l\u00e8bre famille est, tr\u00e8s probablement, pr\u00e9serv\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent par les Juifs de Russie.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Horace G\u00fcnzburg Ainsi, cette histoire commence avec un certain Iehiel de la ville portugaise de Porto. Cette ville principale de la province d&rsquo;Entre Douro e Minho \u00e9tait connue au XVe si\u00e8cle pour sa grande communaut\u00e9 juive. 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